Qu’en
est-il de la retraduction ? Quelles en sont
les raisons ou bien quels sont les facteurs qui
contribuent à retraduire une œuvre
littéraire ou non littéraire ?
Ces
interrogations fondamentales sont soulevées
afin de savoir pourquoi Les Damnés de
la terre que Fanon publia en 1961, et qui
a été traduit par Constance Farrington
en 1963, se voit retraduit en 2004 par Richard
Philcox, soit quarante-et-un ans après.
I
La retraduction d’un ouvrage est guidée
par un certain nombre de facteurs. Ces facteurs
incluent que le temps écoulé généralement,
et ce parmi tant d’autres. En effet, la traduction
premièrement faite d’une œuvre peut
s’avérer souvent désuète
et obsolète parce qu’elle peut poser un
problème de compréhension pour le
lectorat, si celui-ci est séparé
par de nombreuses années d’avec la période
de la traduction originelle. La traduction des
œuvres du Grec Homère au 18e
siècle par Mme Anne Dacier (L’Iliade
en 1699 et l’Odyssée en 1708), celle
de Charles Marie René Leconte de Lisle
au 19e siècle (L’Iliade
en1866, et l’Odyssée en 1867), et
enfin l’Odyssée que Philippe Jacottet
traduit au 20e siècle (2000),
répondent toutes à des exigences
temporelles et spatiales différentes. Parmi
ces exigences, l’on ne peut aucunement minimiser
le facteur langue. La langue a évolué,
la culture avec elle. Si la culture a évolué,
les goûts et les manières d’écrire
doivent avoir connu une évolution substantielle.
Ainsi donc, le Français parlé au
18e siècle ne peut être
aisé à comprendre pour les usagers
de cette langue au 19e et au 20e
siècle. Il peut y avoir des différences
du point de vue de la morphologie, la phonologie,
la syntaxe, et souvent la sémantique lexicale
(le sens des mots) entre le français parlé
dans les différents siècles. Ces
différences morphologiques, phonologiques,
syntactiques et lexicales peuvent aussi charrier
des problèmes de goûts et de mode.
C’est pourquoi une mise à jour linguistique
et culturelle s’impose à texte. Dans la
retraduction de Les Damnés de la terre,
qu’est ce qui a été sa feuille de
route ? Ou pour être clair, qu’est-ce
qui a guidé le pas du (re-)traducteur ?
En somme, pourquoi la retraduction de cette œuvre
du tout ?
II
La
parution de Les Damnés de la terre
en 1961 répondait à un besoin de
conscientisation, à une responsabilité
ou exigence d’exhortation à la prise de
conscience des peuples aliénés par
le colonialisme occidental. Comme Jean-Paul Sartre
le dit si bien dans la préface qu’il écrit
pour l’œuvre, Fanon, dans cette œuvre
magistrale, indique qu’il s’est assigné
le devoir de mettre ses lecteurs et lectrices
(surtout ses frères et sœurs d’Afrique)
en garde contre les aliénations découlant
de leur contact avec la France en particulier, et l’Occident en général :
« le leader, le culte de la personne, la
culture occidentale et tout aussi bien, le retour
du lointain passe de la culture africaine& ».
Il s’engageait à confronter les problèmes
qui ont conduit à ce que l’on peut sans
crainte d’être accusé d’Afro-pessimisme,
et sans erreur majeure, appeler l’échec
de l’Etat postcolonial. Une lecture oblongue (c’est-à-dire
une interprétation de son œuvre) par
les lecteurs autres que ceux et celles a qui l’œuvre
était initialement destinée a conduit
à l’élargissement du cercle de lecteurs.
En somme, l’horizon d’attente s’est agrandie,
non seulement en Afrique anglophone, mais également
en dehors même de l’Afrique : certains
pays membres du groupe des pays non-alignés,
issus de la conférence de Bandung en 1955,
ont embrassé les thèses de Fanon.
La traduction donc de Farrington obéit
également à cette logique. Les Black
Panthers des Etats-Unis et bien d’autres mouvements
d’auto-détermination doivent la majeure
partie de leur praxis à cette œuvre
de Fanon. Il n’y a qu’à lire Black Power :
The Politics of Liberation in America de Stockley
Carmichael et Charles V. Hamilton pour s’en convaincre.
N’eut-été la traduction du Français
à l’anglais, Les Damnés de la
terre ne servirait pas de recours non seulement
aux mouvements de libération du monde afro-anglophone
d’Afrique, aux activistes et « indépendantistes »
noir-américains qui identifiaient leur
combat contre la ségrégation et
la discrimination raciale à celui des africains
qui se libéraient du joug
colonial, mais aussi aux théoriciens
africanistes et postcolonialistes qui furent,
et continuent de faire toutes sortes d’extrapolation
de l’œuvre après sa traduction en
anglais. Ainsi donc, la traduction de Fanon, pour
des lecteurs et lectrices anglais et américains,
était une traduction du besoin d’explorer
des moyens de l’Histoire, c’est-à-dire,
les modes de changement de la société.
Les
raisons apparentes de la traduction étant
sues, à quoi sert donc une retraduction
de Fanon en 2004 ? Pour quoi ou pour qui
Philcox a-t-il retraduit Les Damnés
de la terre ?
Selon
Philcox, dans le protocole de sa traduction de
l’œuvre de Fanon qu’il intitule « On
Retranslating Fanon, Retrieving a Lost Voice »
la question de l’adéquation de l’œuvre
de Fanon avec la société d’aujourd’hui
constitue une partie des facteurs qui l’ont impulsé
à entreprendre une retraduction de Fanon.
Il nous apprend qu’un jour alors qu’il s’en était
allé à la librairie FNAC à
Paris pour se procurer une copie de Les Damnés
de la terre, il s’est enquis de la présence
de l’œuvre sur les rayons à une jeune
libraire. La jeune libraire consulta son ordinateur
pour vérifier la présence de Fanon
dans ses locaux. Philcox fut surpris de ce que
Frantz Fanon n’avait pas laissé de marque
dans cette partie de Paris.
Un
autre facteur qui a inspiré la retraduction
de Fanon par Philcox est non seulement la persistance
des « damnés de la terre » presque
partout dans le monde aujourd’hui, mais aussi
la similitude entre la condition des colonisés
d’Afrique et les mouvements de libération
d’Afrique (et surtout d’Algérie) qui ont
informé Fanon dans l’écriture de
son ouvrage, et le lumpenprolétariat de
l’Afrique d’aujourd’hui, de l’Afghanistan, l’Iraq,
la Palestine, et même ceux et celles
des anciens pays communistes de l’Europe de l’Est.
Il va sans dire que retraduire Fanon est une occasion
salutaire aux « damnés » des
espaces énumérés ci-haut.
Ce n’est pas en tout cas Homi K. Bhabha qui nous
dira le contraire. L’Indien abonde dans la même
veine que Jean Paul dans sa préface qui
explique les raisons qui ont présidé
à l’écriture de la seconde œuvre
de Fanon, mais cette fois-ci dans une introduction
à la nouvelle traduction de The Wrecthed
of the Earth, disant que « The Wretched
of the Earth emerges, year after year, in
Oakland, Natal, Belfast, Tehran, Washington, Paris,
to say nothing of Bombay&, or wherever you
may be today as the book fall into your hands»
(Bhabha Foreward, The Wretched of the Earth.
Trans R. Philcox xxxi) [Les Damnés de
la terre surgit à Oakland, au Natal,
à Belfast, à Tehran, à Washington,
à Paris, sans parler de Bombay& ou
bien partout où que vous soyez quand ce
livre vous tombe entre les mains](Ma traduction).
Ainsi donc, l’universalisation des conditions
des africains est une réalité et
Fanon peut ou doit être réapproprié
pour rendre compte de la condition de ces nouveaux
« damnés de la terre ». Une œuvre,
qu’elle soit littéraire, non littéraire,
culturelle ou non est retraduite pour répondre
à la réception nouvelle de cette
œuvre, pour élargir l’horizon d’attente
qui est en perpétuel changement a l’image
des êtres humains, surtout ceux de l’âge
hyper-technologique dans lequel nous vivons. Grosso
modo, derrière la retraduction de Fanon,
il y a un désir de mettre l’œuvre
sur le même diapason avec le potentiel lectorat
qui ne parle pas originellement français
comme ceux ou celles dont Fanon nous pourvoyait
la psychologie dans Les Damnés
de la terre : les colons français
et les colonisés d’Afrique et des Antilles
françaises. Et mettre le lectorat à
la même page que l’œuvre c’est de tirer
des enseignements qui cadrent avec les réalités
et les expériences sociales qui sont propres
à chaque lecteur et chaque lectrice. Ainsi
donc, pour l’Afrique, une relecture de Fanon consiste
à méditer sur le message de celui-ci
dans les «mésaventures de la conscience
nationale » où il traite de questions
qui continuent d’être d’actualité
dans les pays africains dont il parlait dans les
premières années des indépendances.
Ce qui précède est vrai pour les
africains francophones, et il n’en demeure pas
moins pour les africains d’autres expressions
étrangères (qui parlent par exemple,
l’anglais, le portugais, l’espagnol sur le continent).
Pour ceux-là, la retraduction ou la relecture
s’avère très nécessaire et
salutaire.
Pour
revenir à la retraduction de cette œuvre
de marque de Fanon, il faut dire que l’on
se rend compte de ce qu’un certain nombre
de termes à lourdes connotations aujourd’hui
ont été revus et corrigés
là où le besoin se faisait sentir.
Ce sont les mots « nègre » « noir »,
« indigène », et « colon ».
Constance Farrington, dans sa traduction, nous
donne « negro » indifféremment
pour « nègre » et « noir »
qui sont des mots qui s’appliquent différemment
selon les contextes africains et africains américains.
1
« Indigène » est traduit par
« native » et vidé de son caractère
politique et raciste que les colons français
lui avait confère, et le mot colon, quant
à lui en appelle à beaucoup d’hésitation
pour le re-traducteur de Les Damnés
de la terre. Philcox nous dit par exemple
le problème qu’il eut à traduire
le terme colon qui est équivoque :
I
was tempted to use the colonizer since it sounded
right pitted against the word colonized. But a
colonizer composes the original force that colonized
the country and does not convey the meaning of
the European who settled, lived, worked, and was
born in the colony. Colonial has two different
associations, one for the English, especially
in East Africa, and one for the Americans, pertaining
to the thirteen British colonies that became the
United States of America or to that period; settler
was being used by the media in the Mideast crisis
to refer to the Jewish settlers and would be the
immediate reference for a reader.
[J’étais
tenté d’utiliser le mot « colonizer»
d’autant plus qu’il est l’antonyme de « colonized ».
Cependant, le colonisateur constitue en soi cette
force originale qui colonisa le territoire, et
le mot ne véhicule pas l’idée de
l’Européen qui s’était installé,
qui a vécu et travaillé, et qui
est né dans la colonie. « Colonial »
a deux associations, l’une pour les anglais surtout
en Afrique de l’Est, et l’autre pour les américains,
en ce qui concerne la treizième colonie
britannique qui devint les Etats-Unis, ou à
cette période-là ; « settler »
était en train d’être utilisé
par les media pour se référer aux
colons juifs, et ce mot donnerait une référence
immédiate aux lecteurs et lectrices] (Ma
traduction).
Cependant,
il optera pour le mot « colonist » de
concert avec son éditeur. C’est là
une des raisons de la retraduction : corriger
les erreurs ou les insuffisances sémantiques
de la première traduction.
Au
delà des mots équivoques ou à
connotations diverses, il y a dans la traduction
de Philcox des changements qui sont apportés
aux sous-titres de la traduction de Farrington.
Ainsi, quand Farrington traduit « sur la
violence » comme « Concerning Violence »,
Philcox traduit ce sous-titre comme « On
Violence », ce qui est une traduction quasiment
mot-à-mot. En ce qui concerne « Grandeur
et faiblesses de la spontanéité »
que Farrington traduit comme « Spontaneity :
Its Strength and Weakness », Philcox le rend
comme « Grandeur and Weakness of Spontaneity ».
La portion du livre qui traite de la question
fondamentale de la psychologie et la conscience
du colonisé, c’est-à-dire « Mésaventures
de la conscience nationale » que Farrington
traduit comme « The Pitfalls of National
Consciousness », Philcox nous forunit une
toute traduction, et plus « épicée »
qui est « The Trials and Tribulations of
National Consciousness ». Quant à
« Sur la conscience nationale », ce
titre est traduit par « On National Culture »
qui est traduction un peu littérale comme
« On Violence » que Phillcox utilise
pour rendre « Sur la Violence ». Le sous-titre « Guerres
coloniales et troubles mentaux » est
traduit textuellement de la même manière
par Philcox et Farrington : le premier le
rend par « Colonial War and Mental Disorder »
et la seconde par « Colonial War and Mental
Disorder ».
On
voit donc que Philcox a opéré un
aménagement sérieux dans les sous-titres.
Ces aménagements restituent souvent l’idée
française dans leur splendeur et/ou laideur
telles que l’auteur les a voulues. Par exemple,
les mésaventures ne sont bien rendues en
anglais que par Philcox, c’est-à-dire comme
« Trials and tribulations », car « pitfall »
ne signifie pas « mésaventure »,
mais plutôt « piège » ou
« trappe » en Français.
Ce
que l’on peut pourtant considérer comme
problème dans la traduction de Philcox
est le maintien du titre en anglais tel que Farrington
nous l’offre en 1963 : « The Wretched
of the Earth ». Selon Cassell’s French-English/English/French
Dictionary, « wretched » signifie
« misérable » « malheureux »,
« pitoyable », « vilain » et
« triste ». (Voir p. 631). En ce qui
concerne « damné » en anglais,
selon le même dictionnaire, il se rend en
anglais par « damned ». « Damné »
pour moi pouvait mieux se rendre par « cursed »
comme dans le mot « maudit ». Ainsi,
on aurait « The Cursed of the Earth »
si l’on veut tenir à la traduction littéraliste
ou pseudo-fidèle que Philcox nous donne
dans son réaménagement des sous-titres
en anglais. En d’autres termes, les deux titres
sont les mêmes, si bien que l’on se demande
pourquoi Philcox a retraduit Farrington, au lieu
de Fanon. N’est-ce pas pour des besoins mercantilistes
que Grove Press a tenu à retraduire cette
œuvre ? Une retraduction par la même
maison peut s’interpréter comme une correction
des ratés. Oui. Mais cela ne dégage
pas les suspicions légitimes des lecteurs
comme votre serviteur ici qui pense que le titre
devait carrément est retraduit à
cause raisons avancées ci-haut.
En
fin de compte, il faut dire que l’on saurait les
motivations profondes et les défis que
Farrington a eu à traverser si elle nous
avait fourni un protocole ou une note sur sa traduction
de Fanon. Philcox, lui, nous en pourvoit, ou il
nous dissuade de l’accuser de la crise de chaque
traducteur. Le proverbe en traductologie ne nous
dit-il pas que « traduttore traditore » (Le
traducteur est un traitre)? Oui, chaque traduction
a ses propres défis et idéologies
qui incitent le traducteur à soit exciser
des parties du sens des mots ou d’en rajouter.
Le rajout ou la soustraction de sens s’impose
au traducteur qui est le seul maître du
texte dans le navire qu’est l’acte de traduire.
Si le traducteur n’est pas digne de foi, s’il
est un traître, le retraducteur est un traître,
mais à la différence du traducteur,
il peut ou doit être accusé doublement
de la même charge. Non seulement le retraducteur
traduit le texte original, mais aussi il retraduit
aussi le texte déjà traduit. Il
semble ici faire un travail d’excision et d’ajout
de sens sur le texte original et sur la traduction
déjà offerte. Les modifications
(c’est-à-dire les ajouts et soustractions)
de sens original, pour que celui-ci soit mieux
accommodé dans la langue cible, sont donc
partie intégrante de la traduction et nul
traducteur ne peut s’en défaire. Ces modifications
peuvent se remédier si l’auteur(e) est
vivant(e). Il ou elle peut apporter les correctifs
qui s’imposent, défendant ainsi son texte
des falsifications et interprétations tendancieuses
et erronées. Fanon est de l’autre monde.
Qui le défend des traducteurs ?
Philcox semble tenter de nous soulager du fardeau
lourd de ce souci et nous dit ceci :
You
might think that translating the dead gives you
a whole lot of freedom - there’s nobody there
looking over your shoulder or making rude comments.
But in fact there are crowds of people looking
over your shoulder - from the readers of the original
translation to the postcolonial scholars who have
staked their reputation on Fanon’s ideas. Translating
a dead man means stepping very warily through
a minefield littered with the debris of another
time and another translation. But the very fact
of looking back was a driving force to modernize
the text and look ahead. In Fanon’s case, translating
the dead was a case of translating life itself.
I felt I had to bring a dead translation back
to life.(Philcox, On Retranslating Fanon The Wretched of the
Earth, 251)
[Vous pourriez penser que
traduire les œuvres des morts vous offre
plus de liberté - car il
n’y a personne qui vous regarde par dessus les
épaules, ou personne qui puisse vous opposer
des contradictions assez dures. Mais en fait,
il y a une multitude de personnes, des lecteurs
et lectrices de l’œuvre dans sa version originale
aux intellectuels des études postcoloniales
qui ont fait asseoir leur crédibilité
sur les idées de Fanon, qui vous regardent
par dessus les épaules. Traduire les œuvres
d’un mort veut dire marcher très bravement
sur un terrain mine qui est jonche des débris
d’un autre temps et d’une autre traduction. Cependant,
le fait même de regarder en arrière
était une force motrice qui a permis de
moderniser le texte et d’aller de l’avant. Dans
le cas de Fanon, traduire un mort équivalait
à traduire la vie même. J’avais comme
l’impression de ramener à la vie une traduction
mort](Ma traduction).
Ici,
Philcox a usé de ressources audio appartenant
à Fanon. Il a écouté les
récitations et voix de Fanon. Il a rencontré
l’homme à plusieurs reprises. Choses qui
lui permettent d’affirmer que regarder en arrière
était une source d’énergie qui lui
a permis de « moderniser le texte »
afin qu’il puisse convenir au lectorat d’aujourd’hui.
Il serait plutôt intéressant que
le lectorat se modèle après le message
original. Qu’il entende et comprenne le message
selon l’intention « auteuriale » (l’intention
de l’auteur). « Moderniser le texte »
est un acte quelque peu tronqueur, pour ne pas
dire trompeur.
Aussi,
il faut dire que c’est vrai qu’il était
sous le panoptisme (l’œil surveillant, inquisiteur
et questionneur) des intellectuels qui ont assis
leur réputation sur Fanon, aussi bien que
les lecteurs de la première traduction.
Cela n’exclut pas que ces intellectuels ont pu
bâtir leur entreprise académique
sur certaines des idées erronées
de la première traduction. Leur apport
correcteur serait plus salutaire si ceux-ci basaient
leur réputation sur la version originale
de l’œuvre, c’est-à-dire en langue
française.
III
Ces
réserves considérées, la
retraduction de l’œuvre de Fanon ne semble
pas bien expliquée par Philcox, si bien
que l’on devait être tenté de s’en
tenir à la première traduction,
que le retraducteur semble d’ailleurs avoir repiqué
d’une manière ou d’une autre. Et puis,
il faut avoir le courage de le dire haut et fort,
considérer la traduction de Farrington
comme « une traduction morte » est quelque
peu dur comme mot lorsque l’on sait que c’est
sur les cendres de la traduction de Farringon
que Philcox a pu « remanier » et « rajuster »
les sens qui sont devenus anachroniques et désuets
pour le lecteur d u 21e siècle.
Note
1
Pour
peu que l’on lise l’œuvre originale
et ses différentes
traductions, l’on se rendra compte des différences
et/ou variations sémantiques dans Philcox
et Farrington en ce qui concerne les mots lourdement
charges que Fanon a utilise dans les années
60, mais qui semble avoir des connotations différentes
aujourd’hui.
Bibliographie
Fanon,
Frantz. (1961) Les damnés de la terre.
Paris : Cahiers libres/Editions la
Découverte, 1987.
---------------.
The Wretched of the Earth.
Trans. Constance Farrington.
New
York: Grove Press, 1963.
--------------.
The Wretched of the Earth.
Trans. Richard Philcox.
New
York: Grove Press, 2004.