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Pour une méthodologie du développement de la terminologie du terrorisme


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Abstract

There is no doubt that terrorism has continued to attract the attention of scholars, researchers, politicians, etc., and has become a subject of endless debates and daily exchange of ideas. However, research has proved that terminologists are yet to show interest in developing its terminology even though the daily activities, exchanges, etc., that mark the perpetration and also the fight against terrorism lead to lexical creativity. In my doctoral research, I have undertaken to build up an up to date terminology for the subject field of terrorism. In this article, I present some of the questions, methodology and criteria for constitution and exploitation of the corpus for the development of the terminology.

Dans cet article, nous donnons une vue panoramique d'un travail que nous menons actuellement dans le cadre de notre thèse de doctorat où nous prenons à tâche de développer la terminologie du terrorisme contemporain, qui, selon Chaliand et Blin (2004), date de la deuxième moitié des années 1960. Le terrorisme contemporain, qui succède au terrorisme moderne né à la veille de la Seconde Guerre mondiale, est né vers 1968 avec l'émergence de la guérilla urbaine en Amérique latine et de la violence visant le public dans la région israélo-palestinienne. Au fil des années, le terrorisme contemporain connaît une évolution au niveau de modus operandi, et aujourd'hui, en sus des attentats-suicides de type 11 septembre, il y a crainte du terrorisme biologique, nucléaire et chimique.

Notre étude dont cet article présente les objectifs et les méthodologies est centrée sur la terminologie du terrorisme dans les buts principaux qui suivront. Dubuc (2002 : 3) voit la terminologie comme avant tout un ensemble de termes propres à une activité ou à une discipline, mais aussi, un ensemble de démarches scientifiques qui permettent de grouper, de structurer et d'étudier un ensemble de termes propres à un domaine terminologique donné. Un domaine terminologique est d'ailleurs une structure cognitive, une structure conceptuelle, un système conceptuel issu de la délimitation du terminologue. Le mot terme, lui, désigne un élément constitutif de toute nomenclature terminologique liée à une langue de spécialité, soit l'appellation d'un objet propre à un domaine terminologique donné (Dubuc 2002 : 33).

Dans sa dimension purement terminologique, l'objectif primordial de notre recherche est de confectionner un lexique terminologique bilingue (anglais - français) du domaine du terrorisme. Ce lexique, une fois achevé, permettra de rendre compte la création ainsi que la circulation des concepts et des termes dans ce secteur qui attire présentement et quotidiennement beaucoup d'intérêts. Le désir de confectionner un lexique bilingue pour le terrorisme est engendré par le fait que malgré que le terrorisme attire quotidiennement des intérêts des milliers de personnes aboutant à l'enrichissement lexical, la recherche que nous avons faite sur La banque des mots, MLA International Bibliography, ArticleFirst, entre autres, prouve qu'il n'existe aucune terminologie systématisée pour ce domaine soit en tant que nomenclature soit en tant qu'ensemble de démarches pour aboutir à cette nomenclature.

Dubuc (2002 : 117) constate que l'évolution des mœurs et des structures sociales peut mener à la création des mots nouveaux, ce qui implique que le dynamisme de la langue est concomitant aux changements sociaux. Depuis les attentats du 11 septembre, par exemple, il se produit continuellement de remarquables mutations dans beaucoup de ramifications de notre existence. La sécurité domestique/internationale n'est plus ce qu'elle était auparavant - différentes mesures de renforcement de la sécurité sont constamment mises en œuvre selon les pays. Il y a des changements au niveau des lois domestiques et internationales, de la coopération entre des pays, du tourisme, etc. Le transport (routier, aérien, chemin de fer) interne/international de plusieurs pays, par exemple, a changé de visage avec de nouvelles mesures de sécurité. Grosso modo, le terrorisme attire quotidiennement beaucoup d'attentions médiatiques (Merari 2004 : 23), beaucoup de recherches et d'ouvrages y sont consacrés, et beaucoup de spécialistes dévouent leur vie à des recherches pour comprendre, définir et combattre le fléau que représente le terrorisme aujourd'hui. Toutes ces activités coïncident à l'apparition de nouvelles notions faisant régulièrement appel à des nouvelles dénominations obtenues selon une variété de processus morphosémantiques, car selon Cabré (1998 : 252), « l'apparition d'une nouvelle notion nécessite le plus souvent celle d'une nouvelle forme dénominative ».

Secundo, dans sa dimension linguistique, une fois recueilli un ensemble de termes qui permettent d'exprimer un ensemble de connaissances et d'activités liées au terrorisme, notre recherche prendra la forme des analyses de ces termes pour déterminer les différents procédés morphologiques de leur formation ainsi que l'évolution et l'enrichissement lexical que connaît cette terminologie depuis l'avènement du terrorisme contemporain.

Troisièmement, le lexique bilingue issu de cette recherche sera une aide à la traduction pour faciliter des exercices de traduction des documents consacrés au terrorisme, de l'anglais vers le français et vice versa.

Face à ce projet de développement de la terminologie du terrorisme contemporain, beaucoup de questions se posent auxquelles notre recherche apportera des éléments de réponse. En quoi le terrorisme pourrait-il constituer un domaine terminologique ? Étant donné que les effets du terrorisme traversent les frontières entre domaines - la politique (avec le lien entre le terrorisme et la violence politique), la guerre (avec le lien entre le terrorisme, la guérilla et d'autres formes de lutte révolutionnariste), la religion (avec le lien entre le terrorisme et l'islamisme), la production d'armes chimiques et biologiques (avec la crainte pour le terrorisme chimique, nucléaire ou biologique qui multiplie depuis l'incident d'utilisation du sarin dans le métro de Tokyo par les membres de la Culte japonaise de la Vérité Suprême), etc., comment délimiter le domaine terminologique du terrorisme ? Avec le manque actuel d'une définition conventionnelle pour le terrorisme (cf. Ganor 2002 : israelactivism.com), existe-t-il aussi un manque de système conceptuel, de circulation d'idées, de notions, et d'activités liés au terrorisme, à partir desquels le terminographe pourrait repérer et répertorier les termes du domaine selon une approche onomasiologique ? Voilà quelques unes des questions et bien d'autres qui surgissent dans notre projet de développement de la terminologie du terrorisme.

Schmidt et Jongman (1988) prouvent que pour le sujet du terrorisme il existe une multiplicité de définitions, au moins 100 définitions à l'échelle internationale, et même à l'intérieur de l'administration américaine qui a entrepris de chapeauter le combat contre le terrorisme. Chaque définition se fait en fonction de l'objectif (politique, idéologique, religieux, scolaire, etc.) de l'auteur ou du groupe qui la propose. En fait, Ganor (2002) constate que la définition et la conceptualisation du terrorisme est une question purement théorique dont les chercheurs doivent établir des paramètres qui s'adaptent mieux au genre de recherche qu'ils entreprennent. Même dans la collaboration globale contre le terrorisme, la question de la définition reste centrale même si cette question demeure encore irrésolue.

Évidemment, le terrorisme oppose deux mondes : Dar al-Islam (le monde islamique coordonné selon les lois de l'Islam) et Dar al-Harb (le monde occidental) (Williams 2002 : 128-129). La communauté de l'intelligence américaine adopte quasi conventionnellement une définition du terrorisme proposée par la section 2656f(d) de U.S. Code selon laquelle le terrorisme est « premeditated, politically motivated violence perpetrated against noncombatant targets by subnational groups or clandestine agents, usually intended to influence an audience » (Title 22 of the United States Code, Section 2656f(d)). Bien entendu, le terrorisme est une sorte de violence, mais la définition ci-dessus se fait par critère de « non combattant », et c'est là l'un de ses défauts car il reste à établir des critères pour préciser qui est « non combattant » et qui ne l'est pas.

La Fédération internationale des ligues des droits de l'homme cite la définition proposée par les ministres de la ligue arabe (lors de leur réunion à Caire en 1998), qui ont tenu que par le terrorisme il faut entendre

« any act or threat of violence, whatever its motives or purposes, that occurs in the advancement of an individual or collective criminal agenda and seeking to sow panic among people, causing fear by harming them, or placing their lives, liberty or security in danger, or seeking to cause damage to the environment or to public or private installations or property or to occupying or seizing them, or seeking to jeopardize a national resources » (Arab Convention for the Suppression of Terrorism adopted in Cairo on 22nd April, 1998, cf. FIDH 2003 : 3).

La divergence entre les deux points de vue ci-dessus est nette. Par exemple, le monde occidental définit le terrorisme du point de vue de la finalité, de l'objectif, de la cause qui, le plus souvent, est de l'ordre politique, religieux, etc. Tout comme la définition proposée dans la section de U.S. Code déjà citée (qui se fait par critère de non combattant), celle des ministres de la ligue arabe, elle, n'est non plus adéquate car elle ne permet pas de distinguer entre le terrorisme et toutes les autres formes de violence politique telles que la guérilla, les luttes révolutionnaristes et indépendantistes.

La dernière définition dont j'évoquerais ici est celle de Ganor (2002) pour qui le terrorisme n'est rien d'autre que the intentional use of, or threat to use violence against civilians or against civilian targets, in order to attain political aims. Celle-ci n'en est pas la meilleure car elle limite le concept du terrorisme à des violences contre des civiles, ce qui fait penser que des attaques (par exemples, celles que l'on témoigne quotidiennement contre des bases militaires des forces de la coalition en Iraq) contre des militaires au moment où ceux-ci ne sont ni au travail ni armés ne constituent pas des actes terroristes. Toutes les trois définitions proposées ci-dessus sont si vastes qu'elles ne permettent pas de distinguer entre un acte terroriste et des légitimes oppositions et mobilisations sociales, ou encore d'autres formes de violence politique déjà mentionnées. Nous reviendrons à cette problématique dans le travail proprement dit, le moment opportun pour proposer notre propre définition du sujet. Cependant, signalons du point de vue terminologique que le manque d'une définition généralement acceptable n'implique aucunement que le terrorisme ne peut pas constituer un domaine terminologique.

Nous avons aujourd'hui des spécialistes en terrorisme entre lesquels se tient continuellement une circulation de concepts et de termes pouvant être repérés, délimités, hiérarchisés et structurés pour ainsi donner au terrorisme son propre lexique. En plus de la présence des spécialistes, De Bessé (2000 : 183), à l'instar de notre position au deuxième paragraphe, parle du domaine terminologique comme une structuration des connaissances, un ensemble organisé de concepts, un ensemble d'objets de connaissance qui ont entre eux des caractères communs. En nous basant sur le principe de domaine d'activité élaboré par De Bessé (2000 : 184), nous qualifierions le terrorisme de domaine terminologique car l'on peut y identifier un champ d'action, un ensemble d'actes coordonnés, d'activités réglées, et de pratiques. Le terrorisme correspond à un ensemble d'activités humaines et de procédés bien définis destinés à produire des résultats déterminables. En dépit du fait qu'il reste encore à attirer des attentions des terminologues, le terrorisme est un domaine terminologique parce qu'il correspond effectivement à un ensemble de connaissances, de cultures et d'idéologies, circulées par et entre un groupe d'individus indentifiables dans une aire géographique déterminable. Cela rejoint l'observation de De Bessé (2000 : 187) que les domaines sont délimitables en fonction des visions des connaissances, des pratiques sociales et des besoins des utilisateurs. Le but de notre recherche est grosso modo d'organiser (selon des moyens cognitifs, logiques et ontologiques) les différents supports lexicaux par lesquels s'exprime un ensemble de connaissances et de pratiques sociales qui trouvent leurs expressions dans des textes consacrés au terrorisme.

Dans l'objectif de remédier à ce manque terminologique actuel dans ce domaine, nous nous sommes embarqués dans ce projet terminologique/terminolographique dans le cadre de notre thèse de doctorat, et pour parvenir à nos objectifs déjà énumérés, nous avons constitué un corpus de périodiques, de quotidiens et de journaux consacrés au terrorisme. Trask (1999 : 60) définit le corpus comme « a body of spoken or written texts in a language which is available for analysis », alors que Sinclair (1994 : 2, cf. Pearson 1999 : 22) le conçoit comme « a collection of pieces of language that are selected and ordered according to explicit linguistic criteria to be used as a sample of the language ». Notre corpus comprend six éditions du Patterns of Global Terrorism (rapport annuel du bureau du Coordinateur de l'antiterrorisme de U.S. Department of State), Terrorism Update (publication de l'Institut de la gestion des conflits de l'Asie du sud), huit numéros du Commentaire (périodique du Service canadien du renseignement de sécurité). Il comprend aussi huit numéros du Terrorisme & Violence Politique (périodique de l'Institut de criminologie de Paris), quatre rapports du FBI (The FBI Counterterrorism program since September 2001, Terrorism in the United States, Chronology of Significant International Terrorism for 2004, Countering Terrorism : Integration of Practice and Theory). Il est composé aussi de six quotidiens suivants : le Devoir, le Monde, la Presse, The Halifax Chronicle-Herald, The Toronto Star, et The New York Times. En lisant les articles portant sur le terrorisme dont les textes constitutifs du corpus, nous extrayons des unités terminologiques selon des critères auxquels nous reviendrons plus tard. La plupart de ces périodiques sont disponibles électroniquement sous forme de base de données accessible sur Nova Net à laquelle la bibliothèque Killam de l'Université Dalhousie est abonnée.

Le corpus à interroger dans ce projet est composé de deux types de document : les documents spécialisés et les documents non spécialisés dont le Devoir, le Monde, la Presse, The Halifax Chronicle-Herald, The Toronto Star, et The New York Times. Chacune des catégories est choisie en fonction d'un objectif particulier. Les documents spécialisés demeurent les sources primaires des unités terminologiques. Ils sont choisis en conformité avec la constatation de L'Homme (2004 : 126) que les textes sélectionnés doivent refléter le mieux possible le domaine délimité au moment de la définition des objectifs du projet terminographique. Les documents non spécialisés sont choisis pour des raisons de la vulgarisation, pour déterminer, selon des méthodes statistiques, l'utilisation des termes du domaine dans la langue générale, et ainsi, la place de la terminologisation (Cabré 1998) et de la déterminologisation (Mayer et Mackintosh 2000) dans la terminologie du terrorisme. Étant donné qu'il se fait constamment des échanges d'unités entre la langue générale et les différentes terminologies au sein d'une langue naturelle donnée, la terminologisation désigne le processus par lequel des unités de la langue générale s'intègrent dans les lexiques terminologiques. La déterminologisation, elle, désigne le processus par lequel les termes deviennent mots en entrant à l'usage dans des communications journalières.

Mais pourquoi développer une terminologie du terrorisme à partir d'un corpus textuel ? Cette questionnement relève de la constatation de Condamines (2005 : 36) que la terminologie n'a pas toujours fait très bon ménage avec les textes, et que la tradition wüstérienne a même mis en garde contre l'utilisation de productions réelles pour constituer des terminologies. Si cela était le cas au tout début de la discipline, Gaudin (2005 : 80) fait valoir que c'était parce que les fondateurs croyaient à la terminologie comme à l'espéranto dans la perspective d'une amélioration de la communication née d'une volonté délibérée et concertée. Depuis les années 80, avec l'émergence et l'épanouissement de différents modèles théoriques en terminologie - la socioterminologie de Gaudin et de ses collègues, la théorie des portes (Cabré 2000), le sociocognitivisme (Temmerman 2000), la terminologie textuelle (Slodzian 2000), entre autres - une certaine flexibilité a été introduite permettant d'incorporer des démarches linguistiques en recherches terminologiques et terminographiques.

Sous la pression de ces différents paramètres, la constitution de terminologie à partir de textes a pris un essor considérable, et ainsi, L'Homme (2004 : 119) remarque-t-elle que la collecte d'une documentation représentative du domaine dont on souhaite décrire la terminologie et son exploitation constituent les premières étapes d'une recherche en bonne et due forme. Slodzian (2000), à l'instar de Bourigault et Slodzian (1999), tente une théorisation de la terminologie textuelle, et les acquis de cette théorie énumérés ci-dessous nous servent de support pour démontrer le bien-fondé d'un corpus textuel dans le travail terminographique que nous entreprenons.

  1. Les connaissances pertinentes d'un domaine étant inscrites dans les textes produits par la communauté en fonction de tel ou tel objectif de communication, un corpus textuel permet au terminographe d'accéder facilement à ces connaissances-là.
  2. Le corpus textuel offre au terminologue/terminographe l'occasion d'accéder à des expressions terminologiques, qui, elles, constituent le point de départ de la chaîne de procédures terminologiques et sémantiques qui permettent de faire émerger les termes.
  3. L'identification et la qualification finale des termes requièrent le jugement de l'expert qui, en parcourant la liste des candidats termes sur corpus, confronte ces unités à des connaissances déjà structurées, mémorisées et partagées par sa communauté.
  4. Le corpus textuel permet au terminographe de cerner le fonctionnement réel des unités lexicales en contexte, et à partir de leur fonctionnement et de leur sémantisme dans le texte, il parvient à dégager des termes des non termes.
  5. Le corpus textuel permet de cerner les caractéristiques réelles des termes en situations contextuelles, une condition favorable à une approche descriptive des textes et des unités terminologiques.

Quels sont donc les critères et les méthodologies élaborées pour l'analyse et l'exploitation du corpus ? En lisant les articles portant sur le terrorisme dont les textes constitutifs du corpus, nous extrayons des unités terminologiques selon des critères préalablement établis à partir de la littérature terminologique dont Rondeau (1984), Kocourek (1991), Cabré (1998), Quirion (2004) et L'Homme (2004) sont quelques exemples.

Tableau 1. Critères d'extraction de termes

Critère

Commentaire

Absence de concurrence avec d'autres termes

Ce critère exige qu'un terme soit la seule forme lexicale qui désigne un concept donné dans un domaine terminologique donné.

Adéquation, motivation (morphologique), transparence

Ces critères concernent le rapport lexicosémantique entre la forme lexicale d'un terme et le concept auquel elle est assignée. Il est nécessaire que la forme lexicale d'un terme puisse suggérer son sens.

Brièveté et simplicité du terme

Par critère de brièveté, idéalement, un terme devrait être bref et simple dans sa forme parce qu'un terme trop long, formé avec plusieurs unités devrait avoir moins de probabilités d'acceptabilité et de survivre qu'un concurrent plus court. Par critère de simplicité, il est nécessaire que le mode de formation d'un terme ne présente aucune complexité.

Conformité aux règles de la langue

Ce critère est l'un des critères les plus importants auxquels devrait répondre chaque terme, sauf des emprunts. La construction du terme devrait répondre aux règles morphologiques et syntaxiques qui régissent la formation linguistique dans la langue naturelle dont la terminologie en question est une partie intégrante.

Dérivabilité

Ce critère concerne la potentialité de formation (par la préfixation ou la suffixation) d'autres unités terminologiques à partir d'un terme donné. La forme morphologique d'un terme devrait permettre la productivité lexicale, sinon, il y aura des milliers de termes qui n'ont aucun lien apparenté.

Monosémie et monoréférentialité

Ce critère demande qu'un terme ne représente qu'un seul concept dans un domaine terminologique donné. Le critère de la monosémie et de la monoréférentialité permet d'obtenir la concision et la précision à raison de désambiguïsation de la communication spécialisée.

Unité notionnelle

Un terme devrait désigner un ensemble homogène de traits notionnels. Il est nécessaire qu'un terme représente un concept stable et bien défini, qui relève d'un domaine terminologique particulier.

Valeur mnémonique

Une unité terminologique devrait avoir une valeur évocatrice pour faciliter sa mémorisation.

Un seul terme ne doit pas nécessairement répondre à tous ces critères au même moment car il y en a certains critères qui ne sont pas faciles à atteindre. Par exemple le critère de la brièveté et de la simplicité morphologique est difficile à atteindre dans ce domaine où la lexicalisation est le procédé morphologique le plus productif ; il n'est que souhaité car selon Rondeau (1984 : 134), les termes de forme syntagmatique font partie du style des langues de spécialité. Mais, à part les emprunts, la plupart des termes que nous avons retenus répondent effectivement aux critères de l'absence de termes concurrents, de la dérivabilité, de l'unité notionnelle, de la monosémie, et principalement de la conformité aux règles de formation morphologique en français et en anglais. Il y a beaucoup de critères que l'on connaît traditionnellement en terminologie, le critère de correspondance à un besoin et le critère de conformité à une politique linguistique (cf. Rondeau 1984 : 136-137), par exemple, qui ne s'appliquent pas dans ce travail parce que, étant donné que le corpus est composé de documents produits spontanément par les usagers des deux langues, nous estimons que ce sont des termes qui sont déjà bien implantés et n'ont plus besoins d'être jugés par des critères de l'implantation.

Jusqu'ici nous avons extrait quelques centaines de termes selon deux méthodologies complémentaires : la méthode qualitative et la méthode quantitative. La méthode qualitative est celle qui nous permet d'extraire des termes en fonction de leurs qualités, leurs natures, et leurs caractéristiques lexicosémantiques et morphosyntaxiques en milieu contextuel par un processus de recours à notre propre intuition et à notre cognition. Cette méthode permet d'évaluer les termes avant de les extraire du corpus afin de déterminer par un recours à la cognition du terminologue/terminographe que ce sont des unités qui répondent au moins à certains des critères énumérés ci-dessus. L'on peut estimer que la méthode qualitative est subjective parce qu'elle demande le jugement du terminologue. Par contre, la méthode quantitative est une méthode statistique (plus objective que la première), qui permet une analyse terme par terme, une évaluation des textes constitutifs du corpus selon des processus statistiques (à l'aide d'un concordancier) pour déterminer la fréquence d'occurrence des termes dans les textes. Par sa concentration sur les termes individuels, cette méthode permet de déterminer l'utilisation des termes et leur substitution par des équivalents.

En fonction des observations que nous avons faites jusqu'ici sur le corpus, nous avons identifié quelques caractéristiques lexicosémantiques et morphosyntaxiques qui nous permettent d'avancer les hypothèses suivantes. Selon Le Trésor de la langue française, une hypothèse est une proposition reçue, indépendamment de sa valeur de vérité, et à partir de laquelle on déduit un ensemble donné de propositions. C'est une proposition (ou un ensemble de propositions) avancée, provisoirement, comme explication de faits, de phénomènes naturels et qui doit être, ultérieurement, contrôlée par la déduction ou par l'expérience.

Sur le plan morphosyntaxique, le corpus nous permet d'avancer que depuis l'avènement du terrorisme contemporain, la terminologie du terrorisme (en anglais et en français) connaît un enrichissement lexical remarquable, et chaque attentat terroriste d'envergure, les attentats du 11 septembre sur les États-Unis et les attentats de juillet 2005 sur le métro de Londres, par exemple, aboutit à des nouveautés lexicosémantiques dans cette terminologie. Ces nouveautés sous forme de créativité lexicale se produisent selon divers procédés morphologiques tels que la dérivation (extrémistes, terroriste, terrorisme, septembriste, islamikaze) la composition (bioterrorisme, superterrorisme, homme-bombe, narcoterrorisme, femme-bombe, cyberterrorisme, hyperterrorisme, superterrorisme), la lexicalisation (guerre au terrorisme, groupes terroristes internationaux, campagne internationale contre le terrorisme), et l'emprunt (al-Qaïda, kamikaze, moudjahidines), entre autres.

En français, l'emprunt en terminologie du terrorisme se présente sous deux formes : emprunt à des langues étrangères et emprunt à la langue française, y compris la langue générale et les autres domaines de spécialité. Que ce soit des emprunts à l'anglais, à l'arabe ou à d'autres domaines qui constituent le fond terminologique du français, les emprunts obtiennent des caractéristiques sémantiques selon leur domaine d'accueil. En arrivant dans le domaine d'accueil, il peut se produire qu'un emprunt se heurte à une concurrence avec un terme qui existe déjà pour le même concept (le cas où on peut parler de la synonymie), ou qu'il obtient un deuxième sens en fonction de l'évolution de la terminologie emprunteuse (le cas où on peut parler de la polysémie). Gaudin (2005 : 86) en dit que dès que la circulation des formes linguistiques concernées s'élargit, la signification des termes est sujette à des négociations nouvelles ».

La caractéristique polysémique et synonymique des emprunts peut être exemplifiée à l'aide du terme avions détournés. Dans la terminologie du transport aérien d'où il est venu, il désigne n'importe quel avion décollé d'un aéroport A en direction originale d'un aéroport B, mais qui finit par être dérouté pour atterrir dans un aéroport C à cause des problèmes le plus souvent d'ordre technique. Depuis que le transport aérien est devenu susceptible à la terreur, parfois substitué par son synonyme vols détournés, depuis le 11 septembre, le terme avions détournés représente premièrement les quatre avions américains pris en otages par des pirates de l'air, déroutés vers Manhattan, Washington et Pennsylvanie pour finalement être transformés en armes, en bombes volantes ou en kamikaze pour la destruction des tours jumelles du WTC et du Pentagone. Dans son deuxième acception, il représente tous les vols décollés des quatre coins du monde en direction des États-Unis, mais qui, suite aux événement du 11 septembre et à la fermeture temporaire des routes aériennes américaines, ont été déroutés vers les principaux aéroports canadiens.

Pour revenir à la lexicalisation, la lexicalisation est le procédé le plus productif dans ce domaine. Certains termes du terrorisme sont formés par la lexicalisation des unités venant des langues différentes, par exemple, français+anglais, français+arabe, ou anglais+arabe, etc. - mouvement al-Qaïda, Al-Qaeda members, djihad islamique. Certains termes sont lexicalisés par la combinaison des mots et des chiffres ou des sigles - 911 co-ordinator, 11 septembre, et September 11 ou 9/11 (qui peut représenter la date des attentats du 11 septembre 2001 sur les États-Unis ou encore, par la métonymie, les événements qui ont eu lieu à cette date-là).

Sur le plan lexicosémantique, la terminologie du terrorisme s'enrichit par la modification sémantique et l'attribution de nouveaux sens à des unités qui se sont déjà intégrées au lexique français. Un bon exemple de ce dernier cas est le terme kamikaze, mot japonais qui, selon le Trésor de la langue française, désignait à l'origine deux tempêtes qui, en 1274 et 1281, ont détruit la flotte d'invasion des Mongols. Suite aux attaques japonaises sur les navires militaires américaines lors de la Seconde Guerre mondiale, on l'employait dans deux sens. Premièrement, pour désigner des avions chargés d'explosifs, pilotés uniquement par des volontaires du suicide (d'où le terme avion-suicide) ; et deuxièmement, pour désigner des aviateurs militaires japonais qui jetaient leur avion contre des navires militaires ennemis. Aujourd'hui, par analogie, le terme s'emploie en terminologie du terrorisme pour désigner un terroriste qui se suicide en faisant exploser une bombe transportée sur soi-même pour tuer autant de cibles que possible.

En guise de conclusion, la dernière question que j'aimerais aborder est la suivante : dans quel cadre théorique asseoir ce projet de développement de la terminologie du terrorisme ? En vue de la problématique (que nous avons explicitée) associée au terrorisme, mais aussi les tendances ponctuelles en recherches terminologiques et terminographiques, il nous a été difficile de situer ce genre de travail dans un cadre théorique précis. En considérant le développement théorique de la discipline qu'est la terminologie, il serait difficile que tel travail terminologique objectif se cadre aux confins d'une théorie particulière. Ainsi, nous nous mettons d'accord avec Germain (1981 : 14), qui estime que « le dynamisme d'un courant de pensée s'explique en grande partie par l'exploration simultanée de voies de recherche différentes ». Nous voyons donc la nécessité de puiser dans différents courants terminologiques pour y prendre des ressources essentielles qui vont permettre d'aboutir à un travail objectif. Bien que la théorie générale de la terminologie née dans l'école viennoise a été beaucoup critiquée au fil de ces dernières années et que le résultat de ces critiques est l'émergence d'une gamme de théories terminologiques, les acquis de cette théorie née de l'inspiration wüstérienne nous sont valables dans l'élaboration des critères d'extraction des termes.

Nous voyons aussi la nécessité d'incorporer les acquis du sociocognitivisme de Temmerman (2000). La terminologie sociocognitiviste propose le recours à des facteurs linguistiques, cognitifs, et sociologiques, pour appréhender le fonctionnement des termes dans les milieux textuels. Cette théorie nous est valable dans l'évaluation du corpus selon la méthode qualitative pour dégager des termes des non termes en nous basant sur leur sémantisme dans les textes. Nous incorporons aussi les démarches de la socioterminologie (Gaudin 2003, 2005). Gaudin (2005) fait remarquer que la socioterminologie est une interaction entre la pratique terminologique et la vie sociale. Elle s'intéresse non seulement aux comportements des humains relativement à l'usage et à l'implantation des termes, mais également à la soumission des valeurs terminologiques aux influences du fondement culturel, idéologique et religieux des usagers. Nous croyons qu'il serait peu commode d'étudier les unités terminologiques en faisant abstraction de leurs usages synchronique et diachronique vis-à-vis des comportements langagiers de la société où ils s'emploient. Étant donné l'influence que le terrorisme exerce sur les autres domaines et vice versa, les considérations socioterminologiques permettraient de constater le rapport entre l'idéologie (religieuse, politique, etc.), la production, le choix, et l'usage des termes du terrorisme. Les contributions de la théorie textuelle sont à ne pas sous-estimées. La terminologie textuelle (Slodzian 2000), elle-même, est axée sur la constitution des terminologies à partir des textes spécialisés - les textes qui traitent des sujets relevant des domaines précis et délimitables. Elle insiste sur le fait que le texte constitue le point de départ pour décrire les termes. En adaptant la conception de L'Homme (2004 : 25) à ce projet de développement de la terminologie du terrorisme, du point de vue de la terminologie textuelle, le terme est « un construit, c'est-à-dire qu'il résulte de l'analyse faite par le terminographe : cette analyse prend en compte la place occupée par le terme dans un corpus ».

Référence

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