The possibility of language: a discussion of the nature of language, with implications for human and machine translation
By Hasnaa Kadiri, PhD,
Université de Montreal,
Canada
hasnaa . kadiri [at] videotron . ca
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MELBY,
A.-K. (1995) : The possibility of language: a discussion
of the nature of language, with implications for human and
machine translation, Amsterdam et Philadelphia, John
Benjamins, 274 p.
L’heure de vérité a sonné, Melby en est conscient.
Les résultats de plusieurs années de recherche
sont convaincants. Pour le moment, la substitution définitive
du traducteur par la machine est irréalisable et
celle de la traduction humaine par la traduction automatique
de haute qualité reste ponctuelle. La traduction
automatique a donc des limites ; pourquoi en est-il ainsi
et quelles en sont les causes ? Questions importantes
que tente d’élucider
Melby avec la collaboration de Warner dans son ouvrage The possibility of language, ou
comme il le nomme aussi The Limits of Machine Translation.
Cet ouvrage vient enrichir le catalogue
de John Benjamins qui a publié plusieurs recherches
sur la traduction automatique (TA)[1].
Même s’il date de 1995, il n’en demeure pas moins une
référence incontournable dans ce domaine pour les linguistes, les informaticiens et les
traducteurs et tous ceux qui s’intéressent à
la TA. L’ouvrage comporte cinq chapitres : le premier trace les limites
de la TA, le deuxième en fait un survol historique,
le troisième décrit la nature du mur existant
entre la traduction humaine et la TA, et le quatrième
et dernier tirent des conclusions sur l’ensemble de la question.
Limits
in Search of a Cause : mission impossible de la traduction automatique
Le premier chapitre, qui sert d’introduction,
répond à la question What are the limits
of machine translation ? Dans les années 50,
les avis des chercheurs étaient partagés.
Les uns pensaient que les limites n’existaient que dans
la mémoire de l’ordinateur et que bientôt
la machine allait supplanter l’humain. D’autres soutenaient
que les recherches menées sur la TA étaient
vaines et ne méritaient pas d’être poursuivies.
Mais à partir des années 80, de plus en
plus de chercheurs adoptaient une position intermédiaire
et plus pragmatique. Ils affirmaient que la TA avait,
certes, des limites, mais demeurait malgré tout
utile. En effet, les résultats de travaux de certains
groupes de chercheurs, tels que MÉTÉO, Systran
et Logos, montraient que l’application d’une TA de bonne
qualité à un sous-langage[2] était possible, mais plus
difficile, voire impossible, dans des domaines plus vastes.
Melby se penche donc sur les limites de la TA et souligne les différences
importantes entre les textes relevant de la langue spécialisée
et ceux de langue générale. Il remet en cause les fondements techniques de la
TA et tente de répondre aux questions soulevées,
notamment en ce qui touche le sens, son unité et
son origine, et le lien entre deux langues.
Les principaux courants linguistiques de l’époque voient dans
le sens une variable fixe et transcendante ne dépendant
pas des locuteurs, des mots ni des langues. D’où
la possibilité de « manœuvrer » entre les sens de
deux langues données et de programmer les langues dans un ordinateur.
D’après Melby, l’échec
que connaît la TA est en grande partie lié
à un problème de sens. En effet, dans une
langue dynamique, un mot peut avoir plus d’un sens, donc
plus d’une acception. Melby conclut dans le premier chapitre
que le sens d’un mot n’existe pas indépendamment
des locuteurs, ce qui l’amène à s’interroger
sur la communication humaine dans une même langue.
Melby souligne l’irrationalité de l’activité de traduction
à l’aide de quelques analogies. Bien que la traduction
soit une activité ancienne, elle est encore méconnue
et demeure fascinante et entourée de mystères.
Elle semble impossible en théorie, mais elle continue
néanmoins d’être pratiquée.
Melby précise qu’on ne peut pas enseigner la traduction sans
aborder certaines difficultés qui lui sont inhérentes,
à savoir, les faux-amis (chaque mot peut appartenir
à la catégorie LU[3], TU[4] ou LTU[5]), les références
culturelles, l’historicité, les voix active et
passive.
Il mentionne que les théories de la traduction ont, par le passé,
été en débat sur la manière
de traduire. Fallait-il
traduire littéralement afin de respecter la structure
du texte de départ ou librement pour donner au
texte d’arrivée plus de fluidité ?
Le traducteur devrait-il être visible ou non ?
Après l’approche littérale de Benjamin (1947),
l’approche culturelle de Nida (1947), l’approche à
trois phases (analyse, transfert et synthèse)[6] de Nida et de Taber (1969), Robinson
(1991) clôt le débat. Ce dernier est d’avis
que le sens n’est pas fixe et se construit en fonction
de l’esprit et de l’affectif de chaque personne. Par conséquent,
pour un texte donné, plusieurs traductions sont
envisageables (la traduction littérale, libre ou
entre les deux).
Machine
translation : historique de la traduction automatique
Melby consacre le deuxième chapitre à l’histoire de la
TA. Les premières recherches, qui remontent aux
années 50, sont teintées de l’optimisme
de l’après-guerre et encouragées par les
inventions et les progrès technologiques réalisés,
tels que la bombe atomique, le satellite Sputnik, le voyage
de l’homme sur la lune, etc.
Le pionnier de l’automatisation de la traduction, Troyanskii, fournit
une description détaillée du processus de
la TA. Ce processus se déroule en trois étapes :
1- L’analyse du texte de départ pour identifier
la forme de base de chaque mot et la fonction de celui-ci
dans la phrase. 2- Le transfert des formes de base et
de leur structure grammaticale d’une langue à une
autre. 3- La synthèse (ou génération)
des séquences constituées par les formes
de base de manière fluide et acceptable par le
système de la langue d’arrivée.
Weaver (1949) voit la TA d’une façon totalement différente.
Partant de l’opinion que l’ordinateur présente
des similitudes avec le cerveau humain et que le sens
existe indépendamment des locuteurs, Weaver propose
une TA, fondée sur la logique et les universaux,
qui permet le décryptage du message et son encodage.
Melby relate que l’expérience de Bar-Hillel (1960), fort intéressante
mais peu médiatisée à l’époque,
a démontré que le choix du bon équivalent
dépendait de la connaissance même du monde,
ce dont l’ordinateur était entièrement dépourvu.
Sa conclusion est définitive : la traduction
entièrement automatique est irréalisable.
Les recherches ont alors pris un nouveau tournant et se
sont orientées vers la traduction assistée
par ordinateur.
Par ailleurs, le rapport ALPAC[7]
présenté par des chercheurs américains,
en 1966, encourageait les recherches en informatique linguistique,
toutefois insistait sur le fait que les résultats
obtenus ne justifiaient pas les dépenses. Les recherches
en, alors, été interrompues pour de bon.
The
wall : mur imaginaire, mais infranchissable
Le troisième chapitre observe de près les étapes
de la recherche sur la TA qu’ont parcourues Melby et son
équipe.
Visant la réalisation d’une traduction interactive entre l’humain
et la machine, cette recherche se base sur le modèle
(à trois étapes) de Troyanskii décrit
au chapitre précédent. Selon ce modèle,
l’intervention de la machine consiste à effectuer
l’analyse du texte de départ, à repérer
les ambiguïtés et à questionner l’humain
(unilingue anglais), et ensuite à faire la synthèse
des séquences en fonction des réponses obtenues.
Les questions posées à l’humain peuvent
être d’ordre syntaxique ou sémantique. Melby
précise que dans le cas des questions relevant
de la syntaxe, l’opérateur obtient, grâce
à la junction grammar, des résultats
concluants, contrairement aux questions sémantiques.
Aussi, au fur et à mesure que les interactions
homme-machine augmentaient, les concepteurs rajoutaient
des entrées dans les dictionnaires unilingues anglais,
ce qui amplifia la complexité du système.
En 1978, lorsque le système a cessé de fonctionner,
la crise a éclaté. Melby et ses collègues
ont, dès ce moment, déduit qu’un mur infranchissable
existe entre la TA et la langue générale.
Les résultats décevants ont poussé Melby à
s’intéresser à la traduction humaine. Ce
qui explique sans doute qu’il soit devenu traducteur de
l’anglais au français
et soit impliqué dans l’élaboration et le
perfectionnement des outils d’aide à la traduction.
Possibilities and
implications : l’espoir fait vivre
Dans les chapitres quatre et cinq, Melby cherche une explication théorique
aux limites de la TA de la langue générale
dynamique. Il est d’avis que les techniques employées
dans sa recherche ne sont pas suffisamment élaborées
pour traduire la langue générale. En explorant
l’approche de la grammaire générative de
Chomsky et l’approche inspirée par l’expérimentalisme
de Lakoff, Melby se rend compte que ni l’une ni l’autre
ne permettent la réalisation de la TA de la langue
générale dynamique. Contrairement à
Chomsky, pour qui la syntaxe est indépendante de certains paramètres tels que le sens, le
contexte, les connaissances du monde et la mémoire,
Lakoff soutient que la sémantique et le contexte
sont plutôt des paramètres essentiels dans
la construction du sens. La grammaire générative
permet de traiter la phrase en tant qu’unité indépendante
et s’avère utile pour la TA dans un domaine spécialisé.
Par contre, l’approche plus large de Lakoff se base sur
l’analyse de la phrase dans son contexte. D’après
Melby, une approche intermédiaire est fortement
souhaitée.
Afin que la TA produise une traduction de haute qualité comparable
à celle de l’humain dans le domaine général
dynamique, Melby croit que l’ordinateur doit éviter
les présupposés de l’objectivisme, accepter
l’ambiguïté fondamentale, traiter les métaphores,
devenir plus flexible et devenir un actant dans le processus
de traduction tout en reconnaissant les autres actants
(pp. 149-150).
Conclusion
Avec ses mots, ses métaphores et ses analogies, Melby nous transporte
vers un monde de savoir technique, difficile à
atteindre pour les novices de la TA, car son public cible
est formé de spécialistes passionnés
d’automatisation.
Bien que les fondements de la TA reposent sur une théorie philosophique
et abstraite selon laquelle le sens est transcendant et
unique, plusieurs chercheurs ont voulu créer une
machine.
Les résultats des recherches menées en TA sont déterminants,
néanmoins Melby s’y accroche encore et encore.
Selon lui, si la traduction dans un sous-langage est faisable,
il suffit de trouver la bonne technique et de l’appliquer
à la langue générale. Dans le but
de franchir le mur séparant la TA de la langue
générale, Melby explore d’autres approches
(exemple, Chomsky et Lakoff) et raisonne par tâtonnements.
Les questions essentielles que nous nous posons sont : un jour,
l’ordinateur pourra-t-il devenir un actant dans le processus
de traduction et interagir avec les autres actants ? Pourra-t-il
être muni de certaines fonctions basées sur
les connaissances du monde, les sentiments, les émotions,
l’intelligence et être conçu selon le modèle
humain ? Weaver et les adeptes de l’intelligence
artificielle du moins y ont cru et y croient encore. Pour
eux, l’ordinateur est doté de caractéristiques
similaires à celles du cerveau humain et la connaissance
humaine sera bientôt traduite en algorithmes intégrés
dans l’ordinateur. Comment alors traiterons-nous les expressions
figées ou les métaphores dynamiques ?
Voyons à titre d’exemple, l’expression figée suivante : مرضي الوالدين
Une
expression en apparence très simple que tout arabophone
peut comprendre facilement. Elle signifie « être
respectueux envers ses parents » et ainsi « être
dans les bonnes grâces de ses parents ». Au
Maroc, elle prend une dimension à la fois spirituelle,
religieuse et culturelle ; elle fait référence
aussi à l’image d’un enfant (petit ou grand) béni
par Dieu (l’islam voit un lien indissociable entre le
respect que l’on porte à ses parents et celui que
l’on a pour Dieu). Nous sommes en présence d’une
métaphore statique en théorie, mais qui
devient dynamique d’une culture à une autre. Le
maniement du langage se fait d’une façon naturelle
chez les êtres humains, en revanche, la machine
ne connaît que le langage binaire, entièrement
basé sur les chiffres.
Melby s’exprime souvent à l’aide de métaphores (mur,
terre, planète, bourdon, etc.), parfois drôles,
mais qui ont surtout pour objet d’inviter à la
réflexion. Celles-ci permettent au lecteur de comprendre
plus facilement les notions abordées.
À la lecture de cet ouvrage, nous pouvons conclure que la traduction
automatisée ne peut survivre sans l’intervention
de l’humain car ce dernier est, pour le moment, essentiel.
Les chercheurs ne devraient-ils pas plutôt consacrer
davantage d’efforts à améliorer le poste
de travail du traducteur ? Nous pensons que plus les outils
d’aide à la traduction, tels le traitement de texte,
les dictionnaires, les concordanciers et les bitextes,
seront perfectionnés, plus le traducteur sera en
mesure d’exceller dans son travail.
Bibliographie :
L’HOMME,
M.-C. (1999) : Initiation à la traductique,
Brossard, Linguatech.
SAGER,
J.C. (1990) : A Practical Course in Terminology Processing,
Amsterdam et Philadelphie, John Benjamins.
SAGER,
J.C. (1994) : Language Engineering and Translation.
Consequences of Automation, Amsterdam et Philadelphie,
John Benjamins.
SOMERS, H. (dir.) (2003) : Computers
and Translation: A Translator’s Guide, Amsterdam et
Philadelphie, John Benjamins.
[1] Computers and Translation: A translator’s
Guide (Somers, 1992), Language
Engineering and Translation, (Sager, 1994) et A
Practical Course in Terminology Processing (Sager,
1990).
[2] L’Homme (1999) définit le sous-langage comme étant des
« langages associés à des micro-domaines
de spécialité » (p. 16)
[3] Unité lexicale, mot appartenant à la langue générale.
[4] Unité terminologique, mot qui appartient à la langue
de spécialité.
[5] Mot polysémique. Melby donne
l’exemple de bus, qui en langue générale
signifie un moyen de transport et en langue informatique
correspond au « conducteur commun à plusieurs
circuits permettant de distribuer des informations ou
des courants d'alimentation » (Robert électronique).
[6] Approche généralement utilisée dans la conception
de la TA.
[7] Automatic Language Processing Advisory Committee
Published - July 2009
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