Pour une méthodologie du développement de la terminologie du terrorisme
By
Chidi
N. Igwe,
Department
of French, Dalhousie University,
Halifax, Nova Scotia, Canada
Chidi.Igwe@dal.ca
Get the List of 5,400+ Translation Agencies Now! No Recurring Membership Fees!
Abstract
There
is no doubt that terrorism has continued to attract
the attention of scholars, researchers, politicians,
etc., and has become a subject of endless debates
and daily exchange of ideas. However, research has
proved that terminologists are yet to show interest
in developing its terminology even though the daily
activities, exchanges, etc., that mark the perpetration
and also the fight against terrorism lead to lexical
creativity. In my doctoral research, I have undertaken
to build up an up to date terminology for the subject
field of terrorism. In this article, I present some
of the questions, methodology and criteria for constitution
and exploitation of the corpus for the development
of the terminology.
Dans cet article, nous donnons une vue panoramique d'un travail
que nous menons actuellement dans le cadre de notre
thèse de doctorat où nous prenons à
tâche de développer la terminologie du
terrorisme contemporain, qui, selon Chaliand et Blin
(2004), date de la deuxième moitié des
années 1960. Le terrorisme contemporain, qui
succède au terrorisme moderne né à
la veille de la Seconde Guerre mondiale, est né
vers 1968 avec l'émergence de la guérilla
urbaine en Amérique latine et de la violence
visant le public dans la région israélo-palestinienne.
Au fil des années, le terrorisme contemporain
connaît une évolution au niveau de modus
operandi, et aujourd'hui, en sus des attentats-suicides
de type 11 septembre, il y a crainte du terrorisme
biologique, nucléaire et chimique.
Notre étude dont cet article présente les objectifs
et les méthodologies est centrée sur
la terminologie du terrorisme dans les buts principaux
qui suivront. Dubuc (2002 : 3) voit la terminologie
comme avant tout un ensemble de termes propres à
une activité ou à une discipline, mais
aussi, un ensemble de démarches scientifiques
qui permettent de grouper, de structurer et d'étudier
un ensemble de termes propres à un domaine
terminologique donné. Un domaine terminologique
est d'ailleurs une structure cognitive, une structure
conceptuelle, un système conceptuel issu de
la délimitation du terminologue. Le mot terme,
lui, désigne un élément constitutif
de toute nomenclature terminologique liée à
une langue de spécialité, soit l'appellation
d'un objet propre à un domaine terminologique
donné (Dubuc 2002 : 33).
Dans sa dimension purement terminologique, l'objectif primordial
de notre recherche est de confectionner un lexique
terminologique bilingue (anglais - français)
du domaine du terrorisme. Ce lexique, une fois achevé,
permettra de rendre compte la création ainsi
que la circulation des concepts et des termes dans
ce secteur qui attire présentement et quotidiennement
beaucoup d'intérêts. Le désir
de confectionner un lexique bilingue pour le terrorisme
est engendré par le fait que malgré que le terrorisme attire quotidiennement des intérêts
des milliers de personnes aboutant à l'enrichissement
lexical, la recherche que nous avons faite sur La
banque des mots, MLA International Bibliography, ArticleFirst,
entre autres, prouve qu'il n'existe aucune terminologie
systématisée pour ce domaine soit en
tant que nomenclature soit en tant qu'ensemble de
démarches pour aboutir à cette nomenclature.
Dubuc (2002 : 117) constate que l'évolution des mœurs
et des structures sociales peut mener à la
création des mots nouveaux, ce qui implique
que le dynamisme de la langue est concomitant aux
changements sociaux. Depuis les attentats du 11 septembre,
par exemple, il se produit continuellement de remarquables
mutations dans beaucoup de ramifications de notre
existence. La sécurité domestique/internationale
n'est plus ce qu'elle était auparavant - différentes
mesures de renforcement de la sécurité
sont constamment mises en œuvre selon les pays.
Il y a des changements au niveau des lois domestiques
et internationales, de la coopération entre
des pays, du tourisme, etc. Le transport (routier,
aérien, chemin de fer) interne/international
de plusieurs pays, par exemple, a changé de
visage avec de nouvelles mesures de sécurité.
Grosso modo, le terrorisme attire quotidiennement
beaucoup d'attentions médiatiques (Merari 2004 :
23), beaucoup de recherches et d'ouvrages y sont consacrés,
et beaucoup de spécialistes dévouent
leur vie à des recherches pour comprendre,
définir et combattre le fléau que représente
le terrorisme aujourd'hui. Toutes ces activités
coïncident à l'apparition de nouvelles
notions faisant régulièrement appel
à des nouvelles dénominations obtenues
selon une variété de processus morphosémantiques,
car selon Cabré (1998 : 252), « l'apparition
d'une nouvelle notion nécessite le plus souvent
celle d'une nouvelle forme dénominative ».
Secundo, dans sa dimension linguistique, une fois recueilli un ensemble
de termes qui permettent d'exprimer un ensemble de
connaissances et d'activités liées au
terrorisme, notre recherche prendra la forme des analyses
de ces termes pour déterminer les différents
procédés morphologiques de leur formation
ainsi que l'évolution et l'enrichissement lexical
que connaît cette terminologie depuis l'avènement
du terrorisme contemporain.
Troisièmement, le lexique bilingue issu de cette recherche
sera une aide à la traduction pour faciliter
des exercices de traduction des documents consacrés
au terrorisme, de l'anglais vers le français
et vice versa.
Face à ce projet de développement de la terminologie
du terrorisme contemporain, beaucoup de questions
se posent auxquelles notre recherche apportera des
éléments de réponse. En quoi le terrorisme pourrait-il constituer un domaine terminologique ?
Étant donné que les effets du terrorisme
traversent les frontières entre domaines -
la politique (avec le lien entre le terrorisme et
la violence politique), la guerre (avec le lien entre
le terrorisme, la guérilla et d'autres formes
de lutte révolutionnariste), la religion (avec
le lien entre le terrorisme et l'islamisme), la production
d'armes chimiques et biologiques (avec la crainte
pour le terrorisme chimique, nucléaire ou biologique
qui multiplie depuis l'incident d'utilisation du sarin
dans le métro de Tokyo par les membres de la
Culte japonaise de la Vérité Suprême),
etc., comment délimiter le domaine terminologique
du terrorisme ? Avec le manque actuel d'une définition
conventionnelle pour le terrorisme (cf. Ganor 2002 :
israelactivism.com), existe-t-il aussi un manque de
système conceptuel, de circulation d'idées,
de notions, et d'activités liés au terrorisme,
à partir desquels le terminographe pourrait
repérer et répertorier les termes du
domaine selon une approche onomasiologique ?
Voilà quelques unes des questions et bien d'autres
qui surgissent dans notre projet de développement
de la terminologie du terrorisme.
Schmidt et Jongman (1988) prouvent que pour le sujet du terrorisme
il existe une multiplicité de définitions,
au moins 100 définitions à l'échelle
internationale, et même à l'intérieur
de l'administration américaine qui a entrepris
de chapeauter le combat contre le terrorisme. Chaque
définition se fait en fonction de l'objectif
(politique, idéologique, religieux, scolaire,
etc.) de l'auteur ou du groupe qui la propose. En
fait, Ganor (2002) constate que la définition
et la conceptualisation du terrorisme est une question
purement théorique dont les chercheurs doivent
établir des paramètres qui s'adaptent
mieux au genre de recherche qu'ils entreprennent.
Même dans la collaboration globale contre le
terrorisme, la question de la définition reste
centrale même si cette question demeure encore
irrésolue.
Évidemment, le terrorisme oppose deux mondes : Dar
al-Islam (le monde islamique coordonné
selon les lois de l'Islam) et Dar al-Harb (le
monde occidental) (Williams 2002 : 128-129).
La communauté de l'intelligence américaine
adopte quasi conventionnellement une définition
du terrorisme proposée par la section 2656f(d)
de U.S. Code selon laquelle le terrorisme est « premeditated,
politically motivated violence perpetrated against
noncombatant targets by subnational groups or clandestine
agents, usually intended to influence an audience »
(Title 22 of the United States Code, Section 2656f(d)).
Bien entendu, le terrorisme est une sorte de violence,
mais la définition ci-dessus se fait par critère
de « non combattant », et c'est là
l'un de ses défauts car il reste à établir
des critères pour préciser qui est « non
combattant » et qui ne l'est pas.
La Fédération internationale des ligues des droits
de l'homme cite la définition proposée
par les ministres de la ligue arabe (lors de leur
réunion à Caire en 1998), qui ont tenu
que par le terrorisme il faut entendre
« any
act or threat of violence, whatever its motives or
purposes, that occurs in the advancement of an individual
or collective criminal agenda and seeking to sow panic
among people, causing fear by harming them, or placing
their lives, liberty or security in danger, or seeking
to cause damage to the environment or to public or
private installations or property or to occupying
or seizing them, or seeking to jeopardize a national
resources » (Arab Convention for the Suppression
of Terrorism adopted in Cairo on 22nd April, 1998,
cf. FIDH 2003 : 3).
La
divergence entre les deux points de vue ci-dessus
est nette. Par exemple, le monde occidental définit
le terrorisme du point de vue de la finalité,
de l'objectif, de la cause qui, le plus souvent, est
de l'ordre politique, religieux, etc. Tout comme la
définition proposée dans la section
de U.S. Code déjà citée (qui
se fait par critère de non combattant), celle
des ministres de la ligue arabe, elle, n'est non plus
adéquate car elle ne permet pas de distinguer
entre le terrorisme et toutes les autres formes de
violence politique telles que la guérilla,
les luttes révolutionnaristes et indépendantistes.
La dernière définition dont j'évoquerais
ici est celle de Ganor (2002) pour qui le terrorisme
n'est rien d'autre que the intentional use of,
or threat to use violence against civilians or against
civilian targets, in order to attain political aims.
Celle-ci n'en est pas la meilleure car elle limite
le concept du terrorisme à des violences contre
des civiles, ce qui fait penser que des attaques (par
exemples, celles que l'on témoigne quotidiennement
contre des bases militaires des forces de la coalition
en Iraq) contre des militaires au moment où
ceux-ci ne sont ni au travail ni armés ne constituent
pas des actes terroristes. Toutes les trois définitions
proposées ci-dessus sont si vastes qu'elles
ne permettent pas de distinguer entre un acte terroriste
et des légitimes oppositions et mobilisations
sociales, ou encore d'autres formes de violence politique
déjà mentionnées. Nous reviendrons
à cette problématique dans le travail
proprement dit, le moment opportun pour proposer notre
propre définition du sujet. Cependant, signalons
du point de vue terminologique que le manque d'une
définition généralement acceptable
n'implique aucunement que le terrorisme ne peut pas
constituer un domaine terminologique.
Nous avons aujourd'hui des spécialistes
en terrorisme entre lesquels se tient continuellement
une circulation de concepts et de termes pouvant être
repérés, délimités, hiérarchisés
et structurés pour ainsi donner au terrorisme
son propre lexique. En plus de la présence
des spécialistes, De Bessé (2000 :
183), à l'instar de notre position au deuxième
paragraphe, parle du domaine terminologique comme
une structuration des connaissances, un ensemble organisé
de concepts, un ensemble d'objets de connaissance
qui ont entre eux des caractères communs. En
nous basant sur le principe de domaine d'activité
élaboré par De Bessé (2000 :
184), nous qualifierions le terrorisme de domaine
terminologique car l'on peut y identifier un champ
d'action, un ensemble d'actes coordonnés, d'activités
réglées, et de pratiques. Le terrorisme
correspond à un ensemble d'activités
humaines et de procédés bien définis
destinés à produire des résultats
déterminables. En dépit du fait qu'il
reste encore à attirer des attentions des terminologues,
le terrorisme est un domaine terminologique parce
qu'il correspond effectivement à un ensemble
de connaissances, de cultures et d'idéologies,
circulées par et entre un groupe d'individus
indentifiables dans une aire géographique déterminable.
Cela rejoint l'observation de De Bessé (2000 :
187) que les domaines sont délimitables en
fonction des visions des connaissances, des pratiques
sociales et des besoins des utilisateurs. Le but de
notre recherche est grosso modo d'organiser (selon
des moyens cognitifs, logiques et ontologiques) les
différents supports lexicaux par lesquels s'exprime
un ensemble de connaissances et de pratiques sociales
qui trouvent leurs expressions dans des textes consacrés
au terrorisme.
Dans l'objectif de remédier à
ce manque terminologique actuel dans ce domaine, nous
nous sommes embarqués dans ce projet terminologique/terminolographique
dans le cadre de notre thèse de doctorat, et
pour parvenir à nos objectifs déjà
énumérés, nous avons constitué
un corpus de périodiques, de quotidiens et
de journaux consacrés au terrorisme. Trask
(1999 : 60) définit le corpus comme
« a body of spoken or written texts in a language
which is available for analysis », alors
que Sinclair (1994 : 2, cf. Pearson 1999 : 22)
le conçoit comme « a collection of
pieces of language that are selected and ordered according
to explicit linguistic criteria to be used as a sample
of the language ». Notre corpus comprend
six éditions du Patterns of Global Terrorism
(rapport annuel du bureau du Coordinateur de l'antiterrorisme
de U.S. Department of State), Terrorism Update
(publication de l'Institut de la gestion des conflits
de l'Asie du sud), huit numéros du Commentaire
(périodique du Service canadien du renseignement
de sécurité). Il comprend aussi
huit numéros du Terrorisme & Violence
Politique (périodique de l'Institut de
criminologie de Paris), quatre rapports du
FBI (The FBI Counterterrorism program since September
2001, Terrorism in the United States, Chronology of
Significant International Terrorism for 2004, Countering
Terrorism : Integration of Practice and Theory).
Il est composé aussi de six quotidiens suivants :
le Devoir, le Monde, la Presse, The Halifax Chronicle-Herald,
The Toronto Star, et The New York Times.
En lisant les articles portant sur le terrorisme dont
les textes constitutifs du corpus, nous extrayons
des unités terminologiques selon des critères
auxquels nous reviendrons plus tard. La plupart de
ces périodiques sont disponibles électroniquement
sous forme de base de données accessible sur
Nova Net à laquelle la bibliothèque
Killam de l'Université Dalhousie est abonnée.
Le corpus à interroger dans ce projet est composé
de deux types de document : les documents spécialisés
et les documents non spécialisés dont
le Devoir, le Monde, la Presse, The Halifax Chronicle-Herald,
The Toronto Star, et The New York Times.
Chacune des catégories est choisie en fonction
d'un objectif particulier. Les documents spécialisés
demeurent les sources primaires des unités
terminologiques. Ils sont choisis en conformité
avec la constatation de L'Homme (2004 : 126)
que les textes sélectionnés doivent
refléter le mieux possible le domaine délimité
au moment de la définition des objectifs du
projet terminographique. Les documents non spécialisés
sont choisis pour des raisons de la vulgarisation,
pour déterminer, selon des méthodes
statistiques, l'utilisation des termes du domaine
dans la langue générale, et ainsi, la
place de la terminologisation (Cabré 1998)
et de la déterminologisation (Mayer et Mackintosh
2000) dans la terminologie du terrorisme. Étant
donné qu'il se fait constamment des échanges
d'unités entre la langue générale
et les différentes terminologies au sein d'une
langue naturelle donnée, la terminologisation
désigne le processus par lequel des unités
de la langue générale s'intègrent
dans les lexiques terminologiques. La déterminologisation,
elle, désigne le processus par lequel les termes
deviennent mots en entrant à l'usage dans des
communications journalières.
Mais pourquoi développer une terminologie du terrorisme à
partir d'un corpus textuel ? Cette questionnement
relève de la constatation de Condamines (2005 :
36) que la terminologie n'a pas toujours fait très
bon ménage avec les textes, et que la tradition
wüstérienne a même mis en garde
contre l'utilisation de productions réelles
pour constituer des terminologies. Si cela était
le cas au tout début de la discipline, Gaudin
(2005 : 80) fait valoir que c'était parce
que les fondateurs croyaient à la terminologie
comme à l'espéranto dans la perspective d'une
amélioration de la communication née
d'une volonté délibérée
et concertée. Depuis les années 80,
avec l'émergence et l'épanouissement
de différents modèles théoriques
en terminologie - la socioterminologie de Gaudin et
de ses collègues, la théorie des portes
(Cabré 2000), le sociocognitivisme (Temmerman
2000), la terminologie textuelle (Slodzian 2000),
entre autres - une certaine flexibilité a été
introduite permettant d'incorporer des démarches
linguistiques en recherches terminologiques et terminographiques.
Sous
la pression de ces différents paramètres,
la constitution de terminologie à partir de
textes a pris un essor considérable, et ainsi,
L'Homme (2004 : 119) remarque-t-elle que la collecte
d'une documentation représentative du domaine
dont on souhaite décrire la terminologie et
son exploitation constituent les premières
étapes d'une recherche en bonne et due forme.
Slodzian (2000), à l'instar de Bourigault et
Slodzian (1999), tente une théorisation de
la terminologie textuelle, et les acquis de
cette théorie énumérés
ci-dessous nous servent de support pour démontrer
le bien-fondé d'un corpus textuel dans le travail
terminographique que nous entreprenons.
- Les connaissances pertinentes d'un domaine étant
inscrites dans les textes produits par la communauté
en fonction de tel ou tel objectif de communication,
un corpus textuel permet au terminographe d'accéder
facilement à ces connaissances-là.
- Le corpus textuel offre au terminologue/terminographe
l'occasion d'accéder à des expressions
terminologiques, qui, elles, constituent le point
de départ de la chaîne de procédures
terminologiques et sémantiques qui permettent
de faire émerger les termes.
- L'identification et la qualification finale des termes
requièrent le jugement de l'expert qui, en
parcourant la liste des candidats termes sur corpus,
confronte ces unités à des connaissances
déjà structurées, mémorisées
et partagées par sa communauté.
- Le corpus textuel permet au terminographe de cerner
le fonctionnement réel des unités
lexicales en contexte, et à partir de leur
fonctionnement et de leur sémantisme dans
le texte, il parvient à dégager des
termes des non termes.
- Le corpus textuel permet de cerner les caractéristiques
réelles des termes en situations contextuelles,
une condition favorable à une approche descriptive
des textes et des unités terminologiques.
Quels sont donc les critères et les méthodologies
élaborées pour l'analyse et l'exploitation
du corpus ? En lisant les articles portant sur
le terrorisme dont les textes constitutifs du corpus,
nous extrayons des unités terminologiques selon
des critères préalablement établis
à partir de la littérature terminologique
dont Rondeau (1984), Kocourek (1991), Cabré
(1998), Quirion (2004) et L'Homme (2004) sont quelques
exemples.
Tableau 1. Critères d'extraction de termes
| Critère |
Commentaire |
| Absence de concurrence avec d'autres termes |
Ce critère exige qu'un terme soit la seule forme
lexicale qui désigne un concept donné
dans un domaine terminologique donné. |
| Adéquation, motivation (morphologique), transparence |
Ces critères concernent le rapport lexicosémantique
entre la forme lexicale d'un terme et le concept
auquel elle est assignée. Il est nécessaire
que la forme lexicale d'un terme puisse suggérer
son sens. |
| Brièveté et simplicité du terme |
Par critère de brièveté, idéalement,
un terme devrait être bref et simple dans
sa forme parce qu'un terme trop long, formé
avec plusieurs unités devrait avoir moins
de probabilités d'acceptabilité
et de survivre qu'un concurrent plus court.
Par critère de simplicité, il
est nécessaire que le mode de formation
d'un terme ne présente aucune complexité.
|
| Conformité aux règles de la langue |
Ce critère est l'un des critères les plus
importants auxquels devrait répondre
chaque terme, sauf des emprunts. La construction
du terme devrait répondre aux règles
morphologiques et syntaxiques qui régissent
la formation linguistique dans la langue naturelle
dont la terminologie en question est une partie
intégrante. |
| Dérivabilité |
Ce critère concerne la potentialité de formation
(par la préfixation ou la suffixation)
d'autres unités terminologiques à
partir d'un terme donné. La forme morphologique
d'un terme devrait permettre la productivité
lexicale, sinon, il y aura des milliers de termes
qui n'ont aucun lien apparenté. |
| Monosémie et monoréférentialité |
Ce critère demande qu'un terme ne représente
qu'un seul concept dans un domaine terminologique
donné. Le critère de la monosémie
et de la monoréférentialité
permet d'obtenir la concision et la précision
à raison de désambiguïsation
de la communication spécialisée. |
| Unité notionnelle |
Un terme devrait désigner un ensemble homogène
de traits notionnels. Il est nécessaire
qu'un terme représente un concept stable
et bien défini, qui relève d'un
domaine terminologique particulier. |
| Valeur mnémonique |
Une unité terminologique devrait avoir une valeur
évocatrice pour faciliter sa mémorisation. |
Un seul terme ne doit pas nécessairement répondre
à tous ces critères au même moment
car il y en a certains critères qui ne sont
pas faciles à atteindre. Par exemple le critère
de la brièveté et de la simplicité
morphologique est difficile à atteindre dans
ce domaine où la lexicalisation est le procédé
morphologique le plus productif ; il n'est que
souhaité car selon Rondeau (1984 : 134),
les termes de forme syntagmatique font partie du style
des langues de spécialité. Mais, à
part les emprunts, la plupart des termes que nous
avons retenus répondent effectivement aux critères
de l'absence de termes concurrents, de la dérivabilité,
de l'unité notionnelle, de la monosémie,
et principalement de la conformité aux règles
de formation morphologique en français et en
anglais. Il y a beaucoup de critères que l'on
connaît traditionnellement en terminologie,
le critère de correspondance à un besoin
et le critère de conformité à
une politique linguistique (cf. Rondeau 1984 :
136-137), par exemple, qui ne s'appliquent pas dans
ce travail parce que, étant donné que
le corpus est composé de documents produits
spontanément par les usagers des deux langues,
nous estimons que ce sont des termes qui sont déjà
bien implantés et n'ont plus besoins d'être
jugés par des critères de l'implantation.
Jusqu'ici nous avons extrait quelques centaines de termes selon
deux méthodologies complémentaires :
la méthode qualitative et la méthode
quantitative. La méthode qualitative est celle
qui nous permet d'extraire des termes en fonction
de leurs qualités, leurs natures, et leurs
caractéristiques lexicosémantiques et
morphosyntaxiques en milieu contextuel par un processus
de recours à notre propre intuition et à
notre cognition. Cette méthode permet d'évaluer
les termes avant de les extraire du corpus afin de
déterminer par un recours à la cognition
du terminologue/terminographe que ce sont des unités
qui répondent au moins à certains des
critères énumérés ci-dessus.
L'on peut estimer que la méthode qualitative
est subjective parce qu'elle demande le jugement du
terminologue. Par contre, la méthode quantitative
est une méthode statistique (plus objective
que la première), qui permet une analyse terme
par terme, une évaluation des textes constitutifs
du corpus selon des processus statistiques (à
l'aide d'un concordancier) pour déterminer
la fréquence d'occurrence des termes dans les
textes. Par sa concentration sur les termes individuels,
cette méthode permet de déterminer l'utilisation
des termes et leur substitution par des équivalents.
En fonction des observations que nous avons faites jusqu'ici sur
le corpus, nous avons identifié quelques caractéristiques
lexicosémantiques et morphosyntaxiques qui
nous permettent d'avancer les hypothèses suivantes.
Selon Le Trésor de la langue française,
une hypothèse est une proposition reçue,
indépendamment de sa valeur de vérité,
et à partir de laquelle on déduit un
ensemble donné de propositions. C'est une proposition
(ou un ensemble de propositions) avancée, provisoirement,
comme explication de faits, de phénomènes
naturels et qui doit être, ultérieurement,
contrôlée par la déduction ou
par l'expérience.
Sur le plan morphosyntaxique, le corpus nous permet d'avancer que
depuis l'avènement du terrorisme contemporain,
la terminologie du terrorisme (en anglais et en français)
connaît un enrichissement lexical remarquable,
et chaque attentat terroriste d'envergure, les attentats
du 11 septembre sur les États-Unis et les attentats
de juillet 2005 sur le métro de Londres, par
exemple, aboutit à des nouveautés lexicosémantiques
dans cette terminologie. Ces nouveautés sous
forme de créativité lexicale se produisent
selon divers procédés morphologiques
tels que la dérivation (extrémistes,
terroriste, terrorisme, septembriste, islamikaze)
la composition (bioterrorisme, superterrorisme,
homme-bombe, narcoterrorisme, femme-bombe, cyberterrorisme,
hyperterrorisme, superterrorisme), la lexicalisation
(guerre au terrorisme, groupes terroristes internationaux,
campagne internationale contre le terrorisme),
et l'emprunt (al-Qaïda, kamikaze, moudjahidines),
entre autres.
En français, l'emprunt en terminologie du terrorisme se présente
sous deux formes : emprunt à des langues
étrangères et emprunt à la langue
française, y compris la langue générale
et les autres domaines de spécialité.
Que ce soit des emprunts à l'anglais, à
l'arabe ou à d'autres domaines qui constituent
le fond terminologique du français, les emprunts
obtiennent des caractéristiques sémantiques
selon leur domaine d'accueil. En arrivant dans le
domaine d'accueil, il peut se produire qu'un emprunt
se heurte à une concurrence avec un terme qui
existe déjà pour le même concept
(le cas où on peut parler de la synonymie),
ou qu'il obtient un deuxième sens en fonction
de l'évolution de la terminologie emprunteuse
(le cas où on peut parler de la polysémie).
Gaudin (2005 : 86) en dit que dès que
la circulation des formes linguistiques concernées
s'élargit, la signification des termes est
sujette à des négociations nouvelles ».
La caractéristique polysémique et synonymique des
emprunts peut être exemplifiée à
l'aide du terme avions détournés.
Dans la terminologie du transport aérien
d'où il est venu, il désigne n'importe
quel avion décollé d'un aéroport
A en direction originale d'un aéroport B, mais
qui finit par être dérouté pour
atterrir dans un aéroport C à cause
des problèmes le plus souvent d'ordre technique.
Depuis que le transport aérien est devenu susceptible
à la terreur, parfois substitué par
son synonyme vols détournés, depuis
le 11 septembre, le terme avions détournés
représente premièrement les quatre avions
américains pris en otages par des pirates de
l'air, déroutés vers Manhattan, Washington
et Pennsylvanie pour finalement être transformés
en armes, en bombes volantes ou en kamikaze pour la
destruction des tours jumelles du WTC et du Pentagone.
Dans son deuxième acception, il représente
tous les vols décollés des quatre coins
du monde en direction des États-Unis, mais
qui, suite aux événement du 11 septembre
et à la fermeture temporaire des routes aériennes
américaines, ont été déroutés
vers les principaux aéroports canadiens.
Pour revenir à la lexicalisation, la lexicalisation est le
procédé le plus productif dans ce domaine.
Certains termes du terrorisme sont formés par
la lexicalisation des unités venant des langues
différentes, par exemple, français+anglais,
français+arabe, ou anglais+arabe, etc. - mouvement
al-Qaïda, Al-Qaeda members, djihad islamique.
Certains termes sont lexicalisés par la combinaison
des mots et des chiffres ou des sigles - 911 co-ordinator,
11 septembre, et September 11 ou 9/11
(qui peut représenter la date des attentats
du 11 septembre 2001 sur les États-Unis ou
encore, par la métonymie, les événements
qui ont eu lieu à cette date-là).
Sur le plan lexicosémantique, la terminologie du terrorisme
s'enrichit par la modification sémantique et
l'attribution de nouveaux sens à des unités
qui se sont déjà intégrées
au lexique français. Un bon exemple de ce dernier
cas est le terme kamikaze, mot japonais qui,
selon le Trésor de la langue française,
désignait à l'origine deux tempêtes
qui, en 1274 et 1281, ont détruit la flotte
d'invasion des Mongols. Suite aux attaques japonaises
sur les navires militaires américaines lors
de la Seconde Guerre mondiale, on l'employait dans
deux sens. Premièrement, pour désigner
des avions chargés d'explosifs, pilotés
uniquement par des volontaires du suicide (d'où
le terme avion-suicide) ; et deuxièmement,
pour désigner des aviateurs militaires japonais
qui jetaient leur avion contre des navires militaires
ennemis. Aujourd'hui, par analogie, le terme s'emploie
en terminologie du terrorisme pour désigner
un terroriste qui se suicide en faisant exploser une
bombe transportée sur soi-même pour tuer
autant de cibles que possible.
En guise de conclusion, la dernière question que j'aimerais
aborder est la suivante : dans quel cadre théorique
asseoir ce projet de développement de la terminologie
du terrorisme ? En vue de la problématique
(que nous avons explicitée) associée
au terrorisme, mais aussi les tendances ponctuelles
en recherches terminologiques et terminographiques,
il nous a été difficile de situer ce
genre de travail dans un cadre théorique précis.
En considérant le développement théorique
de la discipline qu'est la terminologie, il serait
difficile que tel travail terminologique objectif
se cadre aux confins d'une théorie particulière.
Ainsi, nous nous mettons d'accord avec Germain (1981 :
14), qui estime que « le dynamisme d'un courant
de pensée s'explique en grande partie par l'exploration
simultanée de voies de recherche différentes ».
Nous voyons donc la nécessité de puiser
dans différents courants terminologiques pour
y prendre des ressources essentielles qui vont permettre
d'aboutir à un travail objectif. Bien que la
théorie générale de la terminologie
née dans l'école viennoise a été
beaucoup critiquée au fil de ces dernières
années et que le résultat de ces critiques
est l'émergence d'une gamme de théories
terminologiques, les acquis de cette théorie
née de l'inspiration wüstérienne
nous sont valables dans l'élaboration des critères
d'extraction des termes.
Nous voyons aussi la nécessité d'incorporer les acquis
du sociocognitivisme de Temmerman (2000). La terminologie
sociocognitiviste propose le recours à des
facteurs linguistiques, cognitifs, et sociologiques,
pour appréhender le fonctionnement des termes
dans les milieux textuels. Cette théorie nous
est valable dans l'évaluation du corpus selon
la méthode qualitative pour dégager
des termes des non termes en nous basant sur leur
sémantisme dans les textes. Nous incorporons
aussi les démarches de la socioterminologie
(Gaudin 2003, 2005). Gaudin (2005) fait remarquer
que la socioterminologie est une interaction entre
la pratique terminologique et la vie sociale. Elle
s'intéresse non seulement aux comportements
des humains relativement à l'usage et à
l'implantation des termes, mais également à
la soumission des valeurs terminologiques aux influences
du fondement culturel, idéologique et religieux
des usagers. Nous croyons qu'il serait peu commode
d'étudier les unités terminologiques
en faisant abstraction de leurs usages synchronique
et diachronique vis-à-vis des comportements
langagiers de la société où ils
s'emploient. Étant donné l'influence
que le terrorisme exerce sur les autres domaines et
vice versa, les considérations socioterminologiques
permettraient de constater le rapport entre l'idéologie
(religieuse, politique, etc.), la production, le choix,
et l'usage des termes du terrorisme. Les contributions
de la théorie textuelle sont à ne pas
sous-estimées. La terminologie textuelle (Slodzian
2000), elle-même, est axée sur la constitution
des terminologies à partir des textes spécialisés
- les textes qui traitent des sujets relevant des
domaines précis et délimitables. Elle
insiste sur le fait que le texte constitue le point
de départ pour décrire les termes. En
adaptant la conception de L'Homme (2004 : 25)
à ce projet de développement de la terminologie
du terrorisme, du point de vue de la terminologie
textuelle, le terme est « un construit, c'est-à-dire
qu'il résulte de l'analyse faite par le terminographe :
cette analyse prend en compte la place occupée
par le terme dans un corpus ».
Référence
De Bessé, Bruno. 2000. « Le domaine ». Le sens
en terminologie, p. 182-197, Sous la direction
de Henri Béjoint et Philippe Thoiron. Lyon : Presses
universitaires de Lyon.
Blais, Alexandre. 2004. Tout savoir sur le terrorisme. Montréal :
Les Éditions des intouchables.
Bourigault, Didier et Monique Slodzian. 1999. « Pour une terminologie
textuelle ». Terminologies nouvelles, no 19, p. 29-32.
Cabré, M. Teresa. 2000. « Terminologie et linguistique:
la théorie des portes ». Terminologies
nouvelles,
no 21, p. 10-15.
Cabré, M. Teresa. 1998. La terminologie : théorie,
méthode et application. Traduit du Catalan, adapté et mis à jour par Monique C. Cormier
et John Humbley. Ottawa : Les Presses de l'Université
d'Ottawa.
Chaliand,
Gérard et Arnaud Blin. 2004. « De 1968
à l'islamisme radical ». 2004. Dans Gérard
Chaliand et Arnaud Blin (dir.), Histoire du terrorisme, p.
243-279. Paris : Bayard.
Condamines,
Anne. 2005. « Linguistique de corpus et terminologie ».
Langages, no 156, p. 36-47.
Le Devoir : http://www.ledevoir.com/,
le 15 novembre 2005.
Dubuc, Robert. 2002. Manuel pratique de terminologie. Québec :
Linguatech.
Federal Bureau of Investigation : http://www.fbi.gov/publications.htm,
le 15 novembre 2005.
Fédération internationale des ligues des droits de
l'homme. 2003. « Human Rights and counter terrorism
measures », Written intervention of the International
Federation for Human Rights (FIDH), a nongovernmental
organisation with special consultative status, http://www.fidh.org/intgouv/onu/com59/terror2003a.pdf
Ganor, Boaz. 2002. « Defining Terrorism : Is One Man's
Terrorist Another Man's Freedom Fighter? »,
http://www.israelactivism.com/
Gaudin, François. 2005. « La socioterminologie ».
Langages, no 157, p. 80-92.
Gaudin,
François. 2003. Socioterminologie :
une approche sociolinguistique de la terminologie.
Rouen :
Université de Rouen.
Germain, Claude. 1981. La sémantique fonctionnelle. Paris :
Presses Universitaires de France.
Guilbert,
Louis. 1975. La créativité lexicale.
Paris : Librairie Larousse.
L'Homme,
Marie-Claude. 2004. La terminologie : principes
et techniques. Montréal : Presses
de l'Université
de Montréal.
Kocourek,
Rostislav. 1991. La langue française de la technique
et de la science. Vers une linguistique de la langue savante. 2ème Édition. Wiesbaden : Oscar Brandstetter
Verlag.
Mayer, Ingrid et Kristen Mackintosh. 2000. « L'étirement
du sens terminologique : aperçu du phénomène de la déterminologisation ».
Le sens en terminologie, p. 198-217, Sous
la direction de Henri Béjoint et Philippe Thoiron.
Lyon : Presses universitaires de Lyon.
Merari,
Ariel. 2004. « Du terrorisme comme stratégie
d'insurrection ». Dans Gérard Chaliand
et Arnaud Blin (dir.), Histoire du terrorisme, p. 23-55. Paris :
Bayard.
Le Monde : http://www.lemonde.fr/,
le 15 novembre 2005.
Patterns of Global Terrorism : http://www.state.gov/s/ct/rls/pgtrpt/,
le 15 novembre 2005.
Pearson,
Jenniffer. 1999. « Comment accéder aux
éléments définitoires dans les
textes spécialisés ».
Terminologies nouvelles, no 19,
p. 21-28.
La Presse : http://www.cyberpresse.ca/reseau/,
le 15 novembre 2005.
Quirion, Jean. 2004. « État de la question sur la nature
des facteurs d'implantation terminologique ».
Actes du Colloque international sur la traduction :
Traduction et Francophonie. Traduire en Francophonie,
p. 193-200. Paris : Maison du dictionnaire.
Rondeau, Guy. 1984. Introduction à la terminologie. 2ème
Édition. Chicoutimi : Gaëtan Morin
éditeur.
Sinclair,
J.M. 1991. Corpus, Concordance and Collocation.
Oxford : Oxford University Press.
Slodzian, Monique. 2000. « L'émergence d'une terminologie
textuelle et le retour du sens ». Le sens en terminologie, p. 61-85, Sous la direction de Henri
Béjoint et Philippe Thoiron. Lyon : Presses
universitaires de Lyon.
Schmidt, Alex et Albert Jongman. 1988. « Table of Definition
Elements », Political Terrorism, p.
5-6. North-Holland Publishing Company : Amsterdam.
Service
canadien du renseignement de sécurité.
Commentaire, http://www.csis-scrs.gc.ca/fr/publications/commentary.asp?section=ALL
Temmerman,
Rita. 2000. « Une théorie réaliste
de la terminologie : le sociocognitivisme ».
Terminologies nouvelles, no 21, p. 58-64.
Terrorisme
et violence politique : http://www.drmcc.org/publications_ne.php,
le 15 novembre 2005.
Terrorism
Update : http://www.satp.org/satporgtp/terrorism.asp,
le 15 novembre 2005.
The Chronicle-Herald : http://www.herald.ns.ca/,
le 15 novembre 2005.
The New York Times : http://www.nytimes.com/, le 15 novembre 2005.
The Toronto Star : http://www.thestar.com/,
le 15 novembre 2005.
Title
22 of the United States Code, Section 2656f(d) : http://www.state.gov/documents/organization/45316.pdf
Trask,
R. L. 1999. Key Concepts in Language and Linguistics.
London/New York : Routledge.
Le
Trésor de la langue française informatisé :
http://atilf.atilf.fr/tlf.htm,
le 15 novembre 2005.
Williams, L. Paul. 2002. Al Qaeda : Brotherhood of Terror.
New York : ALPHA.
|