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(Jouant avec son ordinateur, mon ami J.K. (il tient à
rester anonyme) a trouvé par hasard un programme
qui lui donnait accès à des dossiers
futurs, en particulier à une série
de documents tapés dans les années
2050. Malheureusement, il n’a pas noté le
chemin qu’il avait parcouru pour y arriver et il
ne l’a pas retrouvé. Nous avons tout de même
beaucoup de chance en ce sens que, tombant sur un
document relatif à la communication linguistique,
il a eu le réflexe de l’imprimer pour moi,
car il savait que je portais à ce domaine
un intérêt particulier. Voici ce texte
: )
Monsieur
le Président, Madame et Monsieur les Assesseurs,
Mesdames et Messieurs les Membres du Jury,
Vous
avez entendu les témoins. Je ne vais pas
résumer les faits. Ils parlent d’eux-mêmes.
Mais je voudrais attirer votre attention sur la
fréquence avec laquelle l’expression «comme
si » s’est répétée dans
ces témoignages ; «Ils agissaient comme s’il
n’y avait pas d’autre solution» ; «comme s’il n’y
avait pas de faits à vérifier» ; «comme
si notre proposition était ridicule» ; «comme
si cette langue n’existait pas », et ainsi
de suite. Cet appel récurrent à la
notion de «comme si » fait ressortir la triste
tendance des accusés à faire fi de
la réalité Ils appartenaient à
l’élite politique, économique, culturelle,
universitaire et sociale du monde, ils occupaient
des postes prestigieux, ils avaient assumé
des fonctions exaltantes, ils prenaient des décisions
qui se répercutaient sur la vie de tous les
habitants de notre planète, mais ils se sont
conduits comme des gamins dépourvus du sens
des responsabilités. Leur défense
est faible. Vous l’entendez depuis le début
de ce procès : «Nous ne savions pas», «Nous
ne nous rendions pas compte...»
Comment
pouvaient-ils ne pas savoir ? N’ont-ils jamais
vu des voyageurs tenter désespérément,
sans succès, de se faire comprendre de tel
ou tel habitant du pays où ils se trouvaient ?
N’ont-ils pas constaté que notre société
mondiale investissait dans l’enseignement des langues
des moyens astronomiques pour des résultats
lamentables ? Quand ils participaient à
une réunion internationale, ne se rendaient-ils
pas compte qu’il y avait des interprètes
dans des cabines, que la voix qui leur parvenait
dans les écouteurs n’était pas celle
de l’orateur et que l’emploi simultané de
tant de langues ne pouvait que revenir très
cher ? Ne savaient-ils pas que dans le monde
entier des millions de jeunes s’évertuaient
à essayer de maîtriser l’anglais, langue
si fuyante qu’au bout de sept années d’étude,
à raison de quatre heures par semaine, seul
un élève sur cent était capable
de l’utiliser convenablement ? N’ont-ils pas
lu dans la presse tous ces cas de catastrophe aérienne
dus à une incompréhension entre pilote
et tour de contrôle ? Un certain nombre
d’entre eux sont de langue anglaise. Ne se sont-ils
jamais sentis supérieurs à leurs interlocuteurs
d’autres origines et ne se sont-ils jamais demandé
si c’était normal, et équitable ?
D’autres ne sont pas anglophones de naissance. Ne
se sont-ils jamais sentis inférieurs à
leurs collègues des pays anglo-saxons ?
N’ont-ils jamais éprouvé le sentiment
désagréable qui vous tient lorsque
vous cherchez à vous exprimer mais que les
mots ne vous viennent pas dans la langue étrangère,
alors que votre adversaire, lui, peut tirer pleinement
parti des ressources de sa langue maternelle, qu’il
utilise avec brio ? Comment peut-on vivre dans
notre société et ne pas se rendre
compte que la diversité des langues pose
des problèmes non négligeables ?
Mais
admettons l’impossible et imaginons qu’ils aient
réussi à participer à la vie
internationale sans rencontrer les aspects négatifs
des réalités linguistiques. A leur
niveau dans la société, pouvaient-ils
réellement exercer avec compétence
des responsabilités d’ampleur mondiale sans
savoir comment les choses se passaient dans le domaine
de la communication ? L’ignorance n’est pas
une excuse. Ils avaient le devoir de savoir, d’autant
plus qu’ils avaient à leur disposition les
fonds et le personnel voulus pour recueillir l’information
et, le cas échéant, organiser des
recherches. Non. S’ils n’étaient pas au courant,
c’est que cela ne les intéressait pas. Et
si cela ne les intéressait pas, c’est qu’ils
n’avaient pas de compassion. Ils ont fait preuve
d’une indifférence effarante face à
la situation d’innombrables réfugiés
et travailleurs immigrés pour qui l’impossibilité
de communiquer suffisamment bien en l’absence d’une
langue commune débouchait sur toutes sortes
d’injustices, sur de graves problèmes psychologiques,
quand ce n’était pas la mort. Vous avez entendus
les témoignages. L’exemple de cet hôpital
allemand où 50 % des patients mouraient après
une greffe parce que, faute d’une langue commune,
ils ne comprenaient pas les instructions des médecins
et des infirmières nous a tous atterrés.
Mais ces aspects-là de la réalité,
les accusés ne voulaient pas les connaître.
Qu’un étranger soit traité injustement
par la police parce qu’il n’arrive pas à
se faire comprendre, cela ne leur faisait ni chaud
ni froid. Qu’un PDG de moyenne entreprise perde
un contrat intéressant faute d’un assez bon
niveau en anglais dans la négociation, cela
ne les troublait guère. Que des fonds qui
auraient pu servir à des activités
sociales d’une importance capitale soient affectés
à des systèmes linguistiques affreusement
dispendieux, ils n’en avaient rien à faire.
Et pourtant ! Ne leur incombait-il pas de décider
de façon humaine de l’affectation des montants
prélevés chez les contribuables ?
Permettez-moi
de vous donner un exemple, un seul, parmi la liste
quasiment infinie où je pourrais puiser.
Quand ces messieurs-dames détenaient le pouvoir,
bien des enfants africains mouraient de déshydratation,
d’une déshydratation si extrême que
leur organisme ne produisait plus de larmes quand
ils devaient pleurer. Or, le traitement revenait
à 0,05 euro par enfant. Si on était
impuissant face à ce cauchemar, c’est que,
nous disait-on, il n’y avait pas de fonds disponibles.
Mais on se gardait bien de nous dire qu’au même
moment, l’Union Européenne dépensait
plus d’un million d’euros par jour pour traduire
ses trois millions de mots quotidiens. Quand on
parlait aux accusés d’autres situations tragiques,
par exemple d’une terrible famine, ils secouaient
la tête avec commisération, navrés
que les montants nécessaires pour résoudre
le problème soient hélas introuvables.
Or, cela se passait, sans que le rapprochement se
fasse dans leur esprit, dans des organisations où
l’on traduisait des millions et des millions de
mots à deux dollars le mot. Qu’est-ce que
c’est que cette «élite» ? Il ne faut
pas être grand clerc pour comprendre que ce
que l’on dépense d’un côté n’est
plus disponible de l’autre. Et que de ce fait, définir
des priorités humainement acceptables est
une obligation morale de première importance.
Mais voilà. Dans aucune organisation internationale,
et Dieu sait qu’il y en a, on n’a vu les représentants
des États hésiter à affecter
d’énormes montants aux services linguistiques,
sans égard pour la ponction que cela prélevait
sur le budget. D’ailleurs, il n’est jamais venu
à l’esprit des accusés et de leurs
congénères d’entreprendre une étude
objective de ce que coûtent à la société
ses problèmes linguistiques, dont les facettes
sont innombrables, ni de faire le tour des solutions
disponibles pour les surmonter. La société
pourrait-elle être mieux organisée,
linguistiquement parlant ? Voilà une
question qu’ils ne se sont jamais posée.
«Nous avons fait tout ce qui était possible.
Il n’y avait pas d’autre solution», nous assurent-ils.
Pas
d’autre solution ? Mais l’espéranto
existait ! Il était en usage depuis
un siècle. A ceux qui avaient eu la sagesse
de l’adopter il apportait un système de communication
magnifique, sans qu’ils aient à verser un
sou dans le tonneau des Danaïdes de services
linguistiques, sans inégalité entre
les peuples, après un investissement raisonnable
en temps et en effort dans l’apprentissage de la
langue (il était établi qu’à
nombre égal d’heures hebdomadaires six mois
d’espéranto conférait un niveau de
communication équivalent à six ans
d’anglais). Mais pour les membres éminents
de notre élite, cette solution alternative,
la meilleure du point de vue efficacité /
coût, n’existait tout simplement pas. Quand
on attirait sur elle leur attention - et on n’a
pas manqué de le faire, comme le prouvent
les documents qui sont entre vos mains - ils lui
opposaient systématiquement une série
d’objections, toujours les mêmes, dont ils
n’avaient jamais vérifié la validité.
«L’espéranto,
cela ne marche pas», disaient-ils, alors qu’il était
si facile d’assister à une réunion
ou un congrès international tenu dans cette
langue et de constater que la communication linguistique,
qui ne coûtait rien, y était d’une
qualité bien supérieure à celle
que permettaient les systèmes rivaux, essentiellement
l’anglais employé seul ou l’interprétation
simultanée. «C’est artificiel», assuraient-ils,
refusant l’invitation à aller voir des enfants
rire et jouer en espéranto avec une spontanéité
qui aurait démenti immédiatement leur
préjugé, et n’éprouvant aucune
réticence à parler dans un micro et
à écouter dans des écouteurs
une autre voix que celle de l’orateur, ce qui, vous
le reconnaîtrez avec moi, n’est pas un modèle
particulièrement impressionnant de communication
naturelle. «Il n’a pas de culture», poursuivaient-ils,
sans avoir jamais lu une oeuvre même très
brève d’un poète s’exprimant en espéranto,
ignorant tout du développement du théâtre
et de la littérature de cette langue et n’ayant
jamais assisté à une conférence
scientifique donnée dans cet idiome. «Il
est rigide et inexpressif», répétaient-ils,
sans jamais le soumettre à une analyse linguistique
comparative, qui les aurait obligés à
conclure qu’il était plus souple et plus
expressif, du fait de sa combinatoire, que bien
des langues prestigieuses. «Ce n’est pas une langue
vivante», lançaient-ils, sans rien connaître
du milieu qui l’utilisait quotidiennement, sans
non plus se demander quels sont les critères
de la vie d’une langue et comment l’espéranto
se situait à leur égard. «Il serait
dommage que les peuples abandonnent leur langue
au profit de ce baragouin», bougonnaient-ils, négligeant
gaillardement le fait que l’espéranto n’a
jamais eu pour but de se substituer aux autres langues,
mais se contente d’être un moyen pratique
de surmonter les barrières linguistiques
comme le latin au Moyen-Âge, et ne tenant
aucun compte des rapports sur la mort des langues
- dans les années 2000 il mourait une langue
par semaine - due à l’impact de quelques
grands idiomes, notamment l’anglais, que plusieurs
sociolinguistes en étaient venus à
appeler «langue assassine».
Point
n’est besoin de s’étendre davantage sur ces
préjugés. Vous savez ce qu’ils valent.
Vingt-cinq ans après la révolte des
citoyens et le succès de la révolution
linguistique, nous voyons partout combien le monde
s’est amélioré.
Vous
pouvez aujourd’hui voyager n’importe où dans
le monde et converser avec les gens que vous rencontrez
sans le moindre problème de communication.
Les organisations internationales font l’économie
des montants astronomiques qu’elles affectaient
aux services linguistiques, ce qui dégage
des sommes fantastiques pour des projets substantiels.
Partout dans le monde les jeunes, après le
cours d’espéranto de base, étudient
toutes sortes de langues selon leurs goûts
et leurs intérêts, ce qui accroît
la diversité des modes de pensée,
elle-même facteur d’interfécondation
des idées, tout en favorisant une meilleure
compréhension entre les peuples. Les nombreux
effets négatifs que le monopole de l’anglais
exerçait sur la vie culturelle de bien des
nations - il était souvent impossible d’apprendre
une autre langue à l’école - s’atténuent
progressivement. Les réfugiés et les
travailleurs immigrés n’ont aucune peine
à se faire comprendre partout où ils
vont. Les spécialistes participant à
des discussions internationales sont recrutés
en fonction de leur compétence dans leur
branche, et non plus de leur niveau en anglais,
qui en excluait beaucoup, car, comme vous le savez,
bon nombre de personnes douées en mathématiques
et en technique n’apprennent les langues qu’avec
difficulté. Aux États-Unis, au Royaume-Uni
et dans les autres pays anglo-saxons, les étudiants
sont dotés d’un nouvel outil pour découvrir
les autres cultures, et l’obligation d’apprendre
une langue rigoureuse, mais facile et psychologiquement
satisfaisante, se révèle avoir des
effets positifs inattendus sur leur mentalité
ainsi que sur leur développement intellectuel
et culturel. En Inde, le conflit entre partisans
et adversaires de l’anglais comme langue nationale,
ainsi qu’entre partisans et adversaires de l’hindi,
s’est totalement résorbé depuis que
les régions linguistiques communiquent en
espéranto, et l’on a vu les tensions entre
communautés s’apaiser en Belgique, au Cameroun,
au Nigeria et dans bien d’autres pays.
Il
n’y a pas de doute. L’humanité doit une fière
chandelle à tous ceux qui ont fait pression
sur la classe politique pour que les États
organisent l’enseignement coordonné de l’espéranto
dans le monde entier. Mais notre dette de gratitude
est particulièrement grande envers les hauts
fonctionnaires qui n’ont pas relâché
leurs efforts jusqu’à ce que paraisse la
Déclaration qui a rétabli officiellement
la vérité sur l’espéranto.
Pour la première fois, la langue internationale
a été vue par tous dans une juste
perspective. Quand le grand public a compris à
quel point on l’avait trompé pendant des
décennies, la fameuse «ruée sur l’espéranto»
s’est déclenchée, ce qui a provoqué
une propagation ultra-rapide de la langue avant
même que s’organise son enseignement généralisé.
Si
j’ai pris un peu de temps pour vous rappeler les
immenses avantages que nous tirons tous aujourd’hui
du changement d’attitude envers l’espéranto,
c’est pour souligner la responsabilité des
accusés dans le fait qu’il se soit produit
si tard. Dès 1920, la Société
des Nations avait mené à bien une
étude objective de la question et recommandé
aux États d’organiser partout l’enseignement
de l’espéranto pour qu’il devienne la seconde
langue de chaque citoyen. C’était le meilleur
moyen d’assurer une communication internationale
agréable sur un pied d’égalité
tout en garantissant la survie et la prospérité
de toutes les langues et de toutes les cultures.
Mais, ce rapport de la SDN, les accusés et
leurs congénères n’y ont jamais prêté
la moindre attention. Les qualités de l’espéranto
ont toujours été visibles pour toute
personne de bonne foi. Dans les années 1930
déjà, la littérature espérantophone
et l’utilisation de la langue de Zamenhof dans des
réunions internationales étaient assez
développées pour qu’on ne puisse refuser
de reconnaître sa valeur humaine et culturelle
qu’en tombant dans la mauvaise foi et en péchant
contre l’objectivité.
C’est
hélas ce qu’a fait notre prétendue
élite. Lorsque des personnes ou des associations
proposaient à ceux qui sont aujourd’hui sur
le banc des accusés d’agir, après
étude du dossier, pour promouvoir l’espéranto,
elles recevaient systématiquement une réponse
négative, condescendante et totalement dépourvue
de fondement objectif Jamais ceux qui répondaient
ne se sont sentis obligés de motiver leur
réponse par des faits vérifiables.
Jamais ils n’ont ouvert le dossier. Que l’espéranto
ne valait rien était pour eux un axiome,
une évidence qui allait de soi. Voilà
pourquoi ils méritent d’être condamnés.
Le présent procès doit servir d’exemple
pour montrer aux peuples du monde que l’absence
d’attitude démocratique, le manque d’objectivité,
le refus de vérifier les faits, le rejet
d’une proposition avant de l’avoir étudiée,
l’indifférence envers la souffrance des victimes
de la situation et la tendance à se garder
d’établir un ordre de priorités fondé
sur l’éthique ne peuvent rester impunis.
La
société a des droits. Le droit à
la communication mérite d’être pris
au sérieux, comme le droit à un traitement
égal. Quand les accusés faisaient
la pluie et le beau temps dans le monde, ils manipulaient
l’opinion de manière très subtile,
insinuant dans les esprits un certain nombre de
distorsions qui expliquent dans une large mesure
pourquoi on a tant tardé à adopter
une langue internationale réellement adaptée
aux besoins de la communication entre les peuples.
Lorsqu’une personne se trouvait placée dans
une position défavorable parce qu’elle ne
pouvait s’exprimer dans la langue étrangère
exigée, n’était-elle pas la victime
du système linguistique en vigueur ?
Pour nous, aujourd’hui, c’est l’évidence
même. Mais notre prétendue élite
était parvenue à placer ces victimes
aux rangs des coupables. Coupables de ne pas avoir
su s’y prendre, de ne pas avoir suffisamment fait
d’efforts «S’ils n’arrivent pas à s’expliquer,
c’est de leur faute, ils n’avaient qu’à apprendre
les langues», pensait-elle, sans se poser la question
de savoir si la maîtrise d’une langue étrangère
est à la portée de chacun, ni s’il
n’existait peut-être pas un système
plus équitable.
Monsieur
le Président, Madame et Monsieur les Assesseurs,
Mesdames et Messieurs les Membres du Jury, les accusés
n’ont aucune excuse.
Ils
vivent dans un siècle où, en droit
comme en science, on ne tire pas de conclusion avant
d’avoir vérifié les faits. Or, ils
ont constamment conclu que l’adoption d’un système
de communication linguistique différent de
celui qui était en place n’avait aucun sens,
sans jamais intégrer dans leurs raisonnements
les faits relatifs à l’espéranto.
Ils
vivent dans un siècle où, lorsque
diverses options se présentent, on procède
à des comparaisons, de manière à
choisir l’option qui offre le maximum d’avantages
et le minimum d’inconvénients. Vous les avez
entendus, vous les avez vus. Lorsqu’on leur a demandé
quand ils avaient mené à bien, sur
le terrain, en se fondant sur une série de
critères prédéfinis, une étude
comparative des diverses formules appliquées
à la communication linguistique entre personnes
de langues différentes, y compris l’espéranto,
leurs regards se sont étrangement concentrés
sur le bout de leurs chaussures et, ceux d’entre
nous qui, malgré cette position, ont réussi
à voir l’expression de leur visage, ont constaté
qu’ils n’en menaient pas large. «Nous n’y avons
tout simplement pas pensé », a bredouillé
l’un d’eux. Mais ils ont reconnu que dans d’autres
domaines, quand il s’agissait de l’argent des contribuables
ou des actionnaires ils lançaient un appel
d’offres, ils étudiaient les diverses soumissions,
bref, ils s’arrangeaient pour comparer les diverses
options et choisir la plus intéressante.
Ils
vivent dans un siècle qui a banni toutes
formes de discrimination. Mais leur attitude envers
ceux qui ont tenté de leur faire prendre
conscience du potentiel de l’espéranto, et
de sa réalité, a toujours été
discriminatoire. Ces personnes n’ont jamais été
écoutées ; leurs documents n’ont
jamais été lus ; le rejet a été
systématique et préalable à
toute analyse. Cette façon de faire s’est
surtout manifestée, comme vous l’avez entendu
dans les témoignages, à l’Union Européenne,
mais on aurait pu produire bien d’autres exemples.
Non, ils n’ont aucune excuse. Même aujourd’hui,
il est douteux qu’ils mesurent l’ampleur des frustrations,
des pertes, des souffrances, des dépenses
inutiles d’énergie, des gaspillages dramatiques,
qu’ont provoqués leur refus délibéré
de tenir compte des réalités linguistiques.
Tout ce gâchis, si facile à éviter,
comme le prouve notre mode de vie actuel, était
considéré comme normal, exactement
comme l’esclavage a été considéré
comme allant de soi pendant des siècles,
au point que les esclaves eux-même y voyaient
un aspect inéluctable de l’existence. Pendant
des décennies, les innombrables victimes
du désordre linguistique international ont
été manipulées, on leur a fait
croire qu’il n’y avait pas d’autre solution que
le chaos et l’inégalité en cours.
C’est impardonnable eu égard au niveau intellectuel
des responsables, ainsi qu’à leur formation
juridique, scientifique ou politique, qui devait
leur inculquer l’importance des jugements objectifs
fondés sur la comparaison et la vérification.
Monsieur
le Président, Madame et Monsieur les Assesseurs,
Mesdames et Messieurs les Membres du Jury, vous
devez à la justice, et aux générations
futures, d’émettre un verdict clair et net
de culpabilité. Le Président de la
(Le
texte s’arrête brusquement ici).